[Note 1: ][ (retour) ] Anciennes divisions territoriales de la Normandie, page 15.

On distingue dans cette contrée, qui s'étend depuis Bures jusqu'à Frocourt et Auteuil, près de Beauvais, le Bray normand et le Bray picard: le premier fait partie de la Seine-Inférieure, le second dépend de l'Oise. Nous nous occuperons seulement de la division qui se rattache à la Normandie; et, comme il est pour ainsi dire impossible de fixer des limites exactes à cette contrée si peu explorée, nous allons tirer une grande ligne autour du champ dans lequel nous avons glané les mots dont se compose notre glossaire: ce sera à peu près l'étendue de l'arrondissement de Neufchâtel. En partant de Neuf-marché, nous longerons l'Epte jusqu'à Gournay, où nous trouverons la route no 8 qui nous conduira à Formerie: de là, nous irons à Hadancourt et nous suivrons la Bresle jusqu'au petit village de l'Epinoy, en passant par Aumale, le Vieux-Rouen, Senarpont et Blangy. Ensuite, nous redescendrons par Grandcourt, Londinières, Bures, Saint-Saens, Buchy, Bosc-Edeline [2], Bruquedalle et Morville. Puis, après avoir côtoyé la forêt de Lions, nous nous retrouverons à Neuf-marché, notre point de départ.

[Note 2: ][ (retour) ] Quoique cette commune fasse partie de l'arrondissement de Rouen, elle est désignée, dans un document relatif à la marquise de Genlis, sous le nom de Bocqueline-en-Bray (Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, XVIIIe vol., page 210).

Le langage est aussi ancien que le monde: en créant les premiers membres de la grande famille humaine, Dieu a dû leur donner une manière de se communiquer leurs pensées, leurs désirs, leurs volontés. Ce moyen, c'est le langage. Mais quelle est la langue primitive communiquée à l'homme? Perron se montre le patron zélé de la langue celtique; Webb plaide chaudement la cause du chinois; plusieurs auteurs modernes se font les champions de Goropius-Becanus qui proclame le flamand comme la langue du paradis terrestre; à côté de ces prétentions, viennent les défenseurs des langues semitiques; enfin l'hébreu réunit en sa faveur de nombreux et puissants suffrages. Mais nous n'avons pas le moindre désir de nous arrêter à cette question qui a tant occupé les savants. Nous laissons les uns soutenir que le langage peut être une invention graduelle de l'espèce humaine, les autres prétendre que c'est le résultat nécessaire et spontané de l'organisation de l'homme. Nous passons à côté de Smith, qui assure que l'invention du langage a commencé par les substantifs, et de Herder, qui donne le pas aux interjections. Pour nous, nous voulons seulement jeter un coup-d'œil rapide sur les divers langages qui sont venus tour à tour régner dans le petit coin de terre qui nous occupe, et aboutir au patois actuel du pays de Bray; patois qui s'efface de jour en jour, et dont on ne trouverait bientôt plus la moindre trace, si l'on ne s'empressait de recueillir ce qui en reste: «Il est facile de le prévoir, dit M. du Méril, bientôt les patois auront complètement disparu; beaucoup de mots employés par les pères ne sont déjà plus intelligibles pour les enfants, et l'on doit se hâter de les recueillir si l'on porte quelque intérêt aux origines de la langue [3]

[Note 3: ][ (retour) ] Dictionnaire du Patois normand, Introduction, page XXXIV.

Cependant, il ne faudrait pas croire que la différence qui existe entre le langage du savant le patois du paysan soit uniquement une différence d'origine; il faut aussi faire la part du progrès et du temps, «La langue du savant et celle du vulgaire au fond sont identiques, à cette simple différence près, que la langue parlée par le vulgaire à une époque déterminée est toujours celle que parlait le savant à une époque antérieure, et que la première n'a d'autre avantage sur la seconde que d'être constamment avec elle de quelques siècles en retard; ainsi le français de nos villages est aujourd'hui, sur beaucoup de points, le français qui se parlait il y a trois ou quatre cents ans, à la cour même de nos rois [4].» Nous aurons plus tard occasion de donner la preuve de ce que dit ici le savant et laborieux autour auquel nous empruntons ces paroles.

[Note 4: ][ (retour) ] Essai sur le langage, par M. A. Charma, page 171.

Les Gaulois sont les premiers habitants connus de notre contrée: mais, comme ils ne nous ont point transmis de langue écrite, il est impossible de rien conjecturer sur leur langage. Leurs doctrines religieuses, leurs lois, leurs annales passaient d'âge en âge par tradition orale, et nous ne saurions pénétrer des secrets qui reposent ensevelis avec eux sous le tertre où dort leur dépouille mortelle, depuis deux mille ans [5].

[Note 5: ][ (retour) ] On peut consulter, sur les habitudes et usages des Celtes ou Gaulois, notre Essai sur le canton de Londinières, pag. 100-113.