Mais le biologiste ne doit pas uniquement constater les résultats bruts de l'hérédité; il doit étudier cette hérédité, dans son évolution, dans sa vie, dans la suite de ses transformations. Car, en passant d'une génération à l'autre, l'hérédité rencontre des agents modificateurs, comme le croisement et le milieu. Le biologiste doit analyser les lois de ces modifications que le temps apporte dans l'hérédité.
Une de ces lois qui a le plus frappé Paul Bourget est certainement celle-ci: pour favoriser l'amélioration et le perfectionnement de l'espèce, les transformations par l'hérédité doivent se faire lentement et progressivement; si on veut brûler les étapes, on n'a plus de progrès: l'individu régresse au contraire, soit au physique, soit au moral.
C'est ainsi que chez Joseph Monneron «le paysan est trop près», et Jean peut dire à son père: «on ne change pas de milieu et de classe sans que des troubles profonds se manifestent dans tout l'être, et nous avons changé de milieu et de classe, c'est un fait, puisque le grand-père Monneron est mort un paysan et que tu en as été un jusqu'à ta dixième année».
La grande culture a été donnée trop vite à son père. La durée lui «manque, et cette maturation antérieure de la race, sans laquelle le transfert de classe est trop dangereux». C'est pour cela qu'il paie la rançon de ce que Paul Bourget «appelle l'Erreur française, et qui n'est au fond, tout au fond, que cela: une méconnaissance des lois essentielles de la famille».[59]
[59] L'Etape, p. 44, 51, 458.
Vous voyez comme notre romancier tire des lois biologiques les lois sociales auxquelles il tient le plus. Nous comprendrons mieux cela quand nous aurons parlé des autres facteurs de la vie humaine et spécialement du milieu, sur lequel nous avons déjà empiété.
7. Le milieu, en Biologie humaine, est extrêmement complexe et il se complique d'autant plus que l'individu est plus cultivé et plus élevé.