Dans ce milieu, il faut nommer d'abord et surtout la famille, qui est la première éducatrice[60], le pays qui comprend la patrie et le petit pays (la province, la ville que l'on habite), les maîtres (maîtres de l'instruction et maîtres de l'éducation), la classe de la société dans laquelle on vit, et aussi d'une manière plus générale les contemporains (artistes, littérateurs, hommes politiques, collègues de la profession)…[61].
[60] «Quand une femme se donne à un homme, ce dernier, s'il était poli, enverrait ses cartes au père et à la mère de sa nouvelle maîtresse, en écrivant au-dessous de son nom, comme il sied: avec mille remerciements. Quatre-vingt-dix fois sur cent il la leur doit». (Physiologie de l'Amour moderne, p. 382).
[61] Chez Poyanne, l'influence du milieu professionnel, du métier, reprend ses droits dans les heures de crise. (Un Cœur de femme, p. 382).
Les noms seuls que je viens de prononcer vous rappellent immédiatement une série de passages dans lesquels Paul Bourget proclame l'influence du milieu sur la vie humaine.
«Notre destinée n'est, du petit au grand, que notre caractère projeté au dehors, et ce caractère lui-même n'est, en dernière analyse, qu'une résultante des vastes faits généraux qui ont gouverné le développement de notre individualité: notre patrie, le moment de son histoire, ses mœurs, les idées qui flottent dans son air»[62]; et, immédiatement après ses hérédités, le Disciple analyse son milieu d'idées[63].
[62] L'Etape, p. 67.
[63] Le Disciple, p. 83.
Dans la magnifique Etude qu'il a consacrée à son maître Taine[64], Paul Bourget analyse avec le plus grand soin son milieu. «Tout système se rattache en effet par le plus étroit lien aux autres productions de l'époque dans laquelle il a paru». On ne peut même pas s'empêcher de penser que, quoiqu'ils ne soient pas contemporains, Paul Bourget a un peu décrit, dans cette Etude, le milieu dans lequel il s'est formé lui-même (à condition d'ajouter Taine aux maîtres éducateurs), milieu que caractérisent surtout l'influence des progrès des sciences, l'envahissement des méthodes scientifiques et l'amour des faits.
[64] Essais de Psychologie contemporaine; M. Taine, p. 164, 169.