9. Le dernier facteur de l'individualité humaine comprend pour le biologiste tous les autres éléments, inconnus ou mal connus, qui ne sont ni l'hérédité, ni le milieu, ni les antécédents, et qu'on appelle, faute de meilleur mot, l'élément personnel.

La preuve de cet élément est donnée par ce fait que les facteurs déjà étudiés n'ont pas un résultat fatal et nécessaire; il y a dans les faits vitaux une contingence indiscutable, en rapport avec la plus grande complexité de la structure et qui distingue les êtres vivants des corps bruts.

Quand on étudie un phénomène physique ou chimique, on peut, en connaissant bien les corps mis en présence, les conditions de chaleur, de lumière, de milieu ambiant, déterminer exactement et prévoir ce qui se produira. Pour l'être vivant, il n'en est pas de même.

Cet imprévu, cet aléa dans le résultat augmentent d'autant plus que l'être vivant a un organisme plus compliqué, est plus élevé dans l'échelle. Chez l'homme, cette complexité est au maximum et l'élément personnel, la cote individuelle prend une importance d'autant plus grande qu'il faut, de plus, tenir compte ici de l'élément psychique et de l'élément moral, facteurs capitaux qui varient tellement d'un individu à un autre.

Voilà donc la loi de Biologie humaine à laquelle les faits conduisent naturellement: deux individus ayant les mêmes hérédités, le même milieu et les mêmes antécédents ne sont pas nécessairement les mêmes à un moment donné de leur existence.

Paul Bourget a nettement appliqué, démontré et illustré cette loi.


Le meilleur exemple est certainement encore cette famille Monneron, dans laquelle dans les mêmes conditions de famille et d'éducation, on voit se développer: Gaspard, un dépravé précoce et un grossier; Antoine, viveur et faussaire; Julie, criminelle aussi, mais avec plus de distinction et d'élévation dans l'esprit; Jean, un vaillant et un fort;—les uns étant ainsi bien inférieurs, le dernier étant supérieur à leurs hérédités et à leur milieu.

Nous pourrions prendre dans d'autres Romans des exemples des corrections que cet élément individuel peut apporter aux autres facteurs.