[88] Jean Weber. Citation d'Alfred Fouillée. Le Mouvement idéaliste et la réaction contre la science positive, 1896, p. 267.
Voilà la loi biologique, si elle n'est pas corrigée, humanisée par la loi morale. C'est ce qui m'a fait toujours énergiquement soutenir[89] que la Morale complète la Biologie, mais ne doit pas être ramenée et identifiée à la Biologie. La morale biologique, défendue aujourd'hui par tant de philosophes depuis Herbert Spencer, ne peut donner pour objectif à l'homme que le plaisir, le bonheur, l'accroissement et l'expansion de la vie de l'individu et de l'espèce. Or, cet objectif ne peut pas comporter l'obligation et s'imposer à la liberté. Et le plaisir de la vie accrue ne peut pas être donné comme sanction de l'acte bon; car trop souvent la peine et la douleur sont la seule récompense actuelle du devoir accompli.
[89] Voir: Les Limites de la Biologie. Bibliothèque de Philosophie contemporaine, 2e édit. 1903, p. 23.
Une seconde loi biologique s'impose en effet au physiologiste humain à côté de la loi de l'inégalité, c'est la loi de la douleur, la douleur pouvant accompagner normalement l'acte physiologique le plus régulier, le plus désirable au point de vue de la Biologie et pouvant être épargnée à l'acte le plus antiphysiologique, pouvant être remplacée même par le plaisir après un acte qui diminue la vie de l'individu et encore plus la vie de l'espèce.
Ces deux grandes lois biologiques de l'inégalité et de la douleur sont chères à Paul Bourget: nous en retrouvons partout la démonstration ou la discussion.
Il cite et rapproche: d'un côté, Taine, qui «comme tous les philosophes qui voient dans l'état un organisme, doit considérer et considère l'inégalité comme une loi essentielle de la société»[90]; de l'autre, Stendhal qui dit, par la bouche de Julien: «il n'y a pas de droit naturel… avant la loi, il n'y a de naturel que la force du lion ou le besoin de l'être qui a faim, qui a froid; le besoin en un mot…»[91]. Et Bourget ajoute: «apercevez-vous, à l'extrémité de cette œuvre, la plus complète que l'auteur ait laissée, poindre l'aube tragique du pessimisme?»
[90] Essais de Psychologie contemporaine; M. Taine, p. 188.
[91] Ibidem; Stendhal, p. 248.
Est-il besoin d'insister pour démontrer tous les combats livrés par Paul Bourget contre ce pessimisme et sa forme légère et plus dangereuse encore, le dilettantisme.