Relisez tout le premier chapitre de Cosmopolis et la dernière phrase du marquis à Dorsenne: «je ne sais pas pourquoi je vous aime tant, car au fond vous incarnez, vous aussi, un des vices d'esprit qui me fait le plus d'horreur, ce dilettantisme, mis à la mode par les disciples de M. Renan et qui est le fond du fond de la décadence. Mais vous en guérirez, j'en ai bon espoir. Vous êtes si jeune!»[92].

[92] Cosmopolis, p. 303.

C'est surtout dans le Disciple qu'est exposée cette doctrine de la morale biologique que je vous indiquais tout à l'heure. Robert Greslou l'applique jusqu'à l'absurde dans ses expérimentations psychologiques[93] qui le conduisent, non seulement au crime, mais à la lâcheté et au déshonneur. Et son maître Adrien Sixte, qui aurait mérité «aussi justement que le vénérable Emile Littré» d'être appelé un «Saint Laïque», est terrifié en voyant à quoi aboutissent, poussées à l'extrême dans la pratique, les doctrines qu'il a exposées dans ses livres «l'Anatomie de la volonté», la «Psychologie de Dieu»… C'est la morale évolutionniste de nos contemporains: «l'univers moral reproduit exactement l'univers physique»[94]. C'est la morale dont l'exposé souleva, on s'en souvient, un différend avec Anatole France[95].

[93] «La résolution de séduire cette enfant sans l'aimer, par pure curiosité de psychologue». Le Disciple, p. 120.

[94] Le Disciple, p. 22, 23, 41.

[95] Anatole France. La morale et la science. La Vie littéraire, 3e série, 1899, p. 59.


Il faut donc chercher ailleurs que dans la Biologie même le complément moral des lois de la vie humaine. Mais il ne faut pas, d'autre part, nier ces lois biologiques (que les lois morales complètent sans les détruire): la loi de l'inégalité et la loi de la douleur.

Dans la Préface manifeste qu'il a écrite pour la réédition de ses Romans, Paul Bourget écrit: «tout dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique est soumis à des lois» et, en tête de ces lois «inéluctables, auxquelles notre libre arbitre peut bien tenter de se soustraire, mais que nos révoltes ne changent pas, non plus que nos désirs», il place, à côté de «l'hérédité invincible de la race», «l'inégalité incorrigible des individus»[96].

[96] Œuvres complètes; Romans, t. I. Préface, 1900, p. VII.