Peut-on étudier Paul Bourget sans parler de l'amour? La plupart de ses héros ne pourraient-ils pas dire comme Thérèse de Sauve: «Vivre sans aimer, est-ce vivre?»[98].

[98] Nouveaux Pastels; Jacques Molan, p. 393.

Croyez d'ailleurs que je ne vais pas vous parler, sur un sujet aussi délicat, la langue brutale du physiologiste ou du médecin. Je ne vous parlerai sur l'amour que la langue même de Paul Bourget, que vous appréciez toutes si bien.

Même dans cette langue, je ne vous développerai pas toutes les idées de Claude Larcher et les déductions qu'il tire de cette définition de Nysten dans laquelle est signalée l'association de l'instinct de destruction comme une aberration fréquente de l'amour[99], idées que développe aussi Adrien Sixte quand il soutient «que l'instinct de la destruction et celui de l'amour s'éveillent ensemble chez le mâle»[100].

[99] Physiologie de l'Amour moderne, p. 327.

[100] Le Disciple, p. 50.

Certes ce serait bien là une étude biologique qui appartient à notre sujet. Mais ce côté trop physiologique nous entraînerait très loin et j'aime mieux consacrer les quelques moments que vous voulez bien me donner encore, à étudier le fondement biologique de ce que Paul Bourget aime tant à étudier et étudie si bien sous le nom de Complications sentimentales[101]: le dualisme ou la multiplicité dans l'amour.

[101] Complications sentimentales (1897).


L'amour, ce sentiment si envahissant, si exclusif, si jaloux, qui s'empare si complètement de l'être tout entier, peut-il avoir plusieurs objets simultanés?