Dualiste et même plus: Clémentine de Ravigny qui aime d'abord le comte de Miossens, puis le député Michel Favanne, épouse le premier, aime Videville, Edmond de Bonnivet…; cela fait quatre, dont deux au moins occupent son cœur en même temps. Ce qui fait dire d'elle au peintre Miraut: c'est «très alliance russe, cet attelage à trois; cela s'appelle une troïka, n'est-il pas vrai?», tandis que Favanne s'écriait: «est-ce qu'on cesse jamais d'aimer, quand on aime véritablement»[113] comme Pierre Fauchery disait: «l'homme ne cesse jamais d'aimer le même être»[114].
[113] L'Inutile science (janvier 1897), p. 256 et 187.
[114] L'Age de l'amour, p. 96.
De tous ces faits, Paul Bourget formule lui-même la conclusion: «il faut croire que la dualité sentimentale, si coupable dans ses conséquences et qui représente un tel abus de l'âme d'autrui, correspond, dans certaines natures complexes, à de profonds besoins et que cette anomalie est leur vraie manière de sentir»[115].
[115] L'Ecran, p. 23.
Voilà le fait brutal, plus facile à établir et à analyser qu'à expliquer, au moins en psychologie pure.
On essaie des explications en opposant les mots cœur, tête, sens: on aime l'un avec le cœur, un autre avec la tête, ou bien un troisième avec les sens.
Ainsi, d'après Claude Larcher, les modernes aiment avec leur cerveau, sont des cérébraux[116]. Chez Thérèse de Sauve, c'est «le duel de la chair et de l'esprit». «Thérèse avait des sens en même temps qu'un cœur et… le divorce s'établissait à de certaines heures entre les besoins de ce cœur et la tyrannie de ces sens»[117].
[116] Physiologie de l'Amour moderne, p. 367 et 398.