D'autre part, Paul Bourget reconnaît le caractère extraphysiologique, souvent morbide, de ces dissociations et de ces dédoublements.
Ce n'est pas l'amour en lui-même qu'il considère comme une maladie, quoiqu'il en décrive la thérapeutique et malgré l'axiome de Claude Larcher: «l'amour est une maladie et le malade le plus sage, pour cette maladie là comme pour les autres, est celui qui, n'ayant jamais lu un livre de médecine, ne sait pas ce qu'il a et qui souffre sans penser, comme une bête»[130]; axiome qu'on peut comparer à la définition de Boissier de Sauvages: l'amour est une «maladie qui s'insinue entre les jeunes filles et les jeunes gens…», maladie dont il étudie les symptômes, le diagnostic, le pronostic et le traitement[131].
[130] Physiologie de l'Amour moderne, p. 526.
[131] Voir: Le Médecin de l'amour au temps de Marivaux. Etude sur Boissier de Sauvages, 1896.—La thèse de Sauvages (1724) portait ce titre: Dissertatio medica atque ludicra de Amore… utrum sit Amor medicabilis herbis?
Non, Paul Bourget ne regarde pas l'amour comme une maladie. Ce qu'il considère comme une maladie, c'est la dissociation sentimentale, aboutissant au dualisme ou à la multiplicité des amours simultanés.
Ici c'est une «anomalie d'âme si criminellement pathologique»[132]. Ailleurs ce sont des «difformités» dans la «façon de sentir» qui entraînent cette «singulière» et «détestable» «complication d'âme»[133]. Dans la Dédicace de la Duchesse bleue à Madame Mathilde Sérao il dit nettement: «poussé à ce degré, ce phénomène de dédoublement devient une déformation morale presque monstrueuse, à laquelle il faut maintenir son caractère d'exception»[134].
[132] Le Fantôme, p. 8.
[133] L'Inutile science, p. 193-194.
[134] La Duchesse bleue, p. 331.