Donc, vous le voyez, sur tous ces points encore, l'œuvre de Paul Bourget est conforme à la doctrine biologique: il admet la dissociation des psychismes, le caractère anormal des dissociés, et il s'appuie sur ces idées pour expliquer les «complications sentimentales» de ses héros.
12. On peut donc conclure, ce me semble, que l'idée médicale ou biologique, loin de rester étrangère aux Romans de Paul Bourget, les pénètre et les imprègne intimement: une dissection, même rapide, permet de la bien mettre en lumière.
Mais il faut se garder de dépasser cette conclusion et de dire que ces Romans sont des œuvres biologiques ou médicales.
Paul Bourget est certainement un des auteurs qui ont le mieux compris et limité les rapports de la science et de la littérature[135].
[135] Voir, sur les rapports de la Biologie avec la Littérature et les Arts, le chapitre V des Limites de la Biologie, p. 74.
Il avait déjà étudié cette question, pour la poésie, à propos de Leconte de Lisle[136]. Il parle des poèmes scientifiques de Sully Prudhomme, montre que le littérateur doit se documenter, le vrai étant la source du beau; mais pour écrire un poème, il faut «des yeux de poète ouverts sur des hypothèses de science»[137]. Les formules du savant «expliquent» les phénomènes, elles ne les «représentent» pas. Or, «cette représentation colorée et vivante des choses est précisément le caractère propre de l'esprit poétique»[138].
[136] Essais de Psychologie contemporaine; Leconte de Lisle, 1884, p. 339 et 361.
[137] Ibidem, p. 341.
[138] «Un poète, c'est-à-dire le contraire d'un médecin et d'un philosophe». Mensonges, p. 53.