Cela s'applique admirablement au Roman.

Comme dit très bien Lanson[139], si un Roman peut être vrai à la façon d'un tableau de Léonard ou de Rembrandt, il ne saurait l'être à la façon d'une démonstration de Laplace ou d'une expérience de Pasteur. Et on peut appliquer au Roman cette phrase de Brunetière: «l'imitation de la nature ne saurait être le terme de l'art de peindre et, pour admirer, selon le mot de Pascal, les imitations des choses dont nous n'admirons pas les originaux, il faut que la pensée de l'artiste ait démêlé en elles quelque chose de caché, d'intime et d'ultérieur, que n'y discernait pas le regard du vulgaire»[140].

[139] Lanson. La Littérature et la Science, in Hommes et Livres. Etudes morales et littéraires, 1895.

[140] Brunetière. La Renaissance de l'idéalisme, 1896, p. 63-66.

Le Roman est une œuvre d'art et non une œuvre de science. Il y a «des qualités indispensables, malgré tout, à cet art du Roman qui ne saurait se réduire à la dissertation pure»[141].

[141] Nouveaux Pastels; Monsieur Legrimaudet, p. 149.

Le Roman ne doit pas donner seulement la sensation du Vrai comme un exposé scientifique; il doit donner l'émotion du Beau et l'émotion du Bien.

C'est là ce que produisent les Romans de Paul Bourget: il nous présente des cas biologiques; soit. Mais il les peint, au lieu de les décrire; il fait vivre[142] ses personnages et nous avons toujours, à la lecture, l'impression du vrai et du faux, la nette distinction de ce qui est beau et de ce qui ne l'est pas, de ce qui est moral et de ce qui ne l'est pas, dans le tableau que nous venons de lire.

[142] Paul Bourget se calomnie quand, parlant de la limitation du Roman d'analyse, il dit qu'il lui manque le coloris de la vie en mouvement. La Duchesse bleue. Préface à Madame Mathilde Sérao, p. 329.

Telle est bien l'idée que se fait Paul Bourget de son Roman qu'il appelle le Roman d'analyse au lieu de lui donner «le nom équivoque de psychologique»[143].