[143] La Terre promise. Préface à Ferdinand Brunetière (octobre 1892), p. 6.

Il combat la doctrine de Taine, d'après laquelle le roman est «maintenant une grande enquête sur l'homme, sur toutes les variétés, toutes les situations, toutes les floraisons, toutes les dégénérescences de la nature humaine»[144]; doctrine d'où découle toute «l'esthétique des écrivains et des naturalistes».

[144] Préface du tome I des Romans in Œuvres complètes, p. V.

«Le pessimisme le plus découragé est le dernier mot de cette littérature d'enquête». Bourget veut échapper à ce «fanatisme de la science»[145] qu'il constate chez Taine. Il veut, comme Pascal, opposer «l'ordre de l'esprit et l'ordre du cœur à cet univers aveugle et impassible, qui peut nous broyer, mais qui ne peut que cela»[146].

[145] «Pour le physiologiste, le drame moral où avaient failli sombrer la raison et la foi d'Henriette n'était que cela: un accident de névrose en train de passer ainsi qu'il était venu, par un phénomène d'hypnotisme subjectif… La faiblesse de telles hypothèses est qu'elles n'expliquent rien de ce qui constitue le fond même de la vie de l'âme». (La Terre promise, p. 244).

[146] Essais de Psychologie contemporaine; M. Taine, p. 181-182.

Certainement la «science moderne fournit aux curieux de l'anatomie mentale des documents et des méthodes d'une incomparable supériorité»[147]; mais une «œuvre de littérature, M. Taine lui-même le remarque excellemment, se rapproche de la science; elle n'est pas de la science»[148].

[147] La Terre promise, p. 7.

[148] Préface du tome I des Romans, p. VIII.—Ceci enlève sa valeur à la critique de Jules Sageret qui a relevé une erreur zoologique dans Outre-mer (t. II, p. 210): Paul Bourget donne quatre crocs au serpent à sonnettes ou crotale, alors qu'il n'en a que deux.—Cela confirme que les livres de Paul Bourget ne sont pas des ouvrages d'histoire naturelle. Adrien Sixte avait répondu déjà à Marius Dumoulin lui démontrant une grave erreur dans son «Anatomie de la volonté» que «ce point de détail n'intéressait pas l'ensemble de la thèse». (Le Disciple, p. 48).

Le Roman d'analyse n'est pas un Roman de dissection scientifique. «Tout ce que l'on dissèque est mort», tandis qu'il étudie «des crises de la vie vivante».