Après avoir dicté ses réponses à son secrétaire, la reine va faire un tour de promenade et ne revient que pour le lunch, à deux heures. C’est son principal repas. Sa nourriture est très simple, très frugale; elle préfère une tranche de gigot aux plats les plus recherchés. Après le lunch, elle passe au salon où elle consacre l’heure de la sieste à éplucher la liste des invitations que le grand chambellan propose pour le dîner du soir. Puis elle sort à cheval ou en voiture, suivant le temps. Après le dîner, elle ne consacre plus qu’un instant aux affaires de l’État, c’est-à-dire à la rédaction de la circulaire quotidienne de la Cour, dans laquelle elle fait connaître à la nation ce qui s’est passé dans la journée, les visites qu’elle a reçues. Elle apporte un soin tout particulier à la rédaction de cette circulaire, à l’orthographe des noms et à la parfaite exactitude des titres. Ce document mentionne en outre les noms des lords et dames d’honneur qui sont sur le point de prendre leur semaine de service auprès de la reine.
En temps de guerre, elle exige que tous les télégrammes lui soient apportés dès leur arrivée.
Elle préside le conseil des ministres, ainsi que son conseil privé. Ce dernier conseil, qui n’était autrefois composé que des membres de la famille royale et de quelques grands seigneurs, est aujourd’hui recruté par la reine parmi les personnes illustres de la nation. La grande majorité des membres appartiennent cependant au Parlement. La reine a suivi en cette réforme l’inspiration du prince Albert, qui a su être pour elle le conseiller le plus sûr et le plus discret et qui n’a eu qu’un défaut, celui de la germaniser un peu trop. C’est aussi lui qui a persuadé à la reine qu’elle devait inaugurer en personne les grands travaux publics, les expositions de toutes sortes, les statues des grands hommes, les institutions de bienfaisance; passer des revues militaires et navales; décorer de sa main les troupes revenant d’une campagne; en un mot prouver à son peuple qu’elle ne reste étrangère à aucune manifestation du développement et de la prospérité de la nation. Elle fit tout pour plaire à son époux. A quarante ans, on la voyait encore parader à cheval devant les troupes rangées au camp d’Aldershot, vêtue d’une sorte de tunique de maréchal de camp par-dessus sa longue jupe d’amazone, le grand cordon bleu de la Jarretière en sautoir et coiffée d’un chapeau à plume à jugulaire d’or. Elle saluait militairement le drapeau et lançait des commandements d’une voix claire, qu’elle s’efforçait en vain de rendre martiale. A Spithead, elle a passé plusieurs fois la revue de la flotte du pont du yacht royal, le Victoria and Albert.
La reine doit encore tenir des levers et des drawing-rooms (salons), ouvrir le Parlement et y prononcer les discours d’ouverture, recevoir les souverains étrangers et présider les cérémonies d’investiture des ordres de la
Buckingham.—La salle du Trône.
Phot. H. N. King.
couronne. Aucune de ces royales corvées ne lui est plus pénible que les levers ou les drawing-rooms.