On compte les Parlements que la reine a ouverts en personne. Avant son mariage et du vivant du prince Albert, elle n’était pas si avare de ses visites; elle affrontait courageusement le trouble nerveux qu’elle ressent chaque fois qu’il lui faut prendre la parole en public. Elle arrivait en grand gala, dans la voiture royale, la couronne ou le simple diadème sur la tête, faisait son entrée devant toute la salle debout, précédée des seigneurs portant les insignes de la royauté, et prenait aussitôt place sur le trône. D’un signe de la main, elle autorisait l’assistance à s’asseoir et aussitôt les trois révérences du Black Rod achevées, elle commençait à lire le discours d’ouverture d’une voix et d’un accent qui ont fait dire à Fanny Kemble qu’elle n’avait jamais entendu «un plus bel anglais que l’anglais de la reine d’Angleterre». Le discours lu, la reine se levait et quittait la salle au milieu des acclamations.

Depuis la mort du prince Albert, la reine n’a paru au Parlement qu’en de rares occasions, se contentant d’envoyer son message dont un ministre donne lecture aux deux Chambres.

La réception des souverains était, dans la première moitié de son règne, une cérémonie à laquelle Victoria attachait la plus grande importance. C’est ainsi qu’elle reçut entre autres, en grande pompe, l’empereur de Russie Nicolas Ier; le roi Louis-Philippe, le premier des rois de France qui ait visité un souverain d’Angleterre en son pays, et Napoléon III. Elle décora successivement de sa main, à quelques années de distance, de l’ordre royal de la Jarretière, les représentants des deux dynasties.

La Reine en 1847.

Aujourd’hui, lorsqu’un souverain lui écrit qu’il se propose d’aller lui rendre visite au delà du mal de mer, elle se contente de lui indiquer l’hôtel où il sera le plus confortablement. Elle n’est pas hospitalière, pour la seule raison que la parcimonie et l’hospitalité à la Cour ne peuvent aller ensemble.

Elle fait aussi des visites aux souverains étrangers, visites politiques ou visites d’amitié.

Enfin la reine préside le Conseil des ordres de la Couronne avec la plus grande solennité et donne elle-même l’investiture aux nouveaux chevaliers.

Toutes ces corvées, elle s’en est depuis longtemps débarrassée en les passant au prince de Galles. Elle n’a guère gardé pour elle que la signature des papiers d’État.

On raconte que, dans les dernières années de sa vie, son fidèle domestique écossais John Brown, dont une des fonctions était de sécher la signature royale au moyen d’un tampon de buvard, a plus d’une fois été consulté avant la signature d’un arrêt important et que, dans certains cas, son avis a triomphé des hésitations de sa maîtresse. Faut-il ajouter foi à ce racontar, qui n’est du reste qu’un des mille dont ce loyal serviteur a été l’objet de la part de méchantes langues?