La Reine en 1851.
Tels sont les multiples et divers devoirs de la reine. Elle a pu s’affranchir de ceux qu’elle a cru pouvoir abandonner sans perdre ses prérogatives; on ne peut nier qu’elle se soit fidèlement et ponctuellement acquittée des autres. Elle a laissé son peuple se gouverner lui-même, mais elle n’a pas souffert qu’on méconnaisse son autorité. Elle a toujours vécu en parfaite harmonie avec tous ses ministres, mais elle a su les tenir en respect et empêcher leurs empiètements. Palmerston a su ce qu’il en coûte d’oser dépasser les bornes. Il avait pris l’habitude de ne plus même lui montrer les dépêches
Buckingham.—La salle à manger.
Phot. H. N. King.
qu’il recevait de l’étranger: il s’était ainsi fait le principal artisan de la révolution qui chassa Louis-Philippe du trône de France, et avait reconnu la légitimité du coup d’État de Napoléon III, tout cela sans rien dire à la reine ni au premier ministre. Celle-ci se plaignit au Parlement et exigea son renvoi immédiat du cabinet. Elle l’obtint. Cela n’empêcha pas que, la situation politique ayant changé et avec elle l’état des partis, Palmerston revînt au pouvoir et trouvât à la Cour de Windsor un accueil aimable, comme si rien ne s’était passé entre la reine et lui.
Victoria eut cependant une antipathie profonde pour deux de ses ministres: Peel et Gladstone. A Peel, elle ne pardonna jamais ses attaques contre le prince Albert qu’elle adorait; quant à Gladstone, elle se montra toujours de glace envers lui et ne lui offrit par deux fois la pairie, à son départ des affaires, que pour la forme, honneur que, du reste, le grand homme d’État eut l’esprit de décliner chaque fois.