La reine reçoit chaque année un certain nombre de châles en cachemire des Indes qu’elle distribue aux personnes qu’elle veut honorer. C’est chez elle une manie d’offrir un châle, à tel point que le prince de Galles s’amuse lui-même de cette manie.
Un jour, aux régates d’Henley, le prince se trouvait en compagnie de charmantes actrices, entre autres d’Hellen Terry, à bord d’un bateau de plaisance loué pour assister aux courses. Une des jolies femmes de la compagnie de l’héritier du trône, crut reconnaître la reine sur un autre bateau. Le prince n’avait pas le moindre doute sur l’absence de la reine. Il consentit cependant, sur les instances de l’actrice, à regarder avec sa jumelle, la personne qu’on lui signalait.
—Je crois que vous faites erreur, dit-il.
Au même moment, la personne en question se levait pour passer son châle à sa voisine.
—Oh! fit le prince, je crois bien que vous avez raison, car la voilà qui distribue ses châles. Ce ne peut donc être que la reine.
Avant de quitter ce chapitre de la Maison de la reine, nous citerons quelques exemples de sinécures dont l’existence remonte au bon vieux temps, qui n’ont plus aucune raison d’être de nos jours et qui continuent d’être grassement rémunérées par la liste civile. Le champion de la reine, par exemple, dont l’unique fonction est, le jour du couronnement, de déclarer publiquement qu’il est prêt à ramasser le gant de quiconque contestera les droits au trône de son souverain ou de sa souveraine et le gentleman de la Baguette Noire, Black Rod, dont la fonction consiste à faire trois révérences à reculons au moment où la reine ou son représentant va donner lecture du discours du trône à la Chambre des lords, touchent le premier, 6,000 francs, le second 50,000 francs par an; par contre, le poète lauréat, pour qui ce n’est pas toujours une sinécure
La Reine en 1867.