que de célébrer les vertus du souverain, a les mêmes appointements que le dernier des sous-dentistes.
Chacun des membres de la famille royale a, ainsi que la reine, une petite Maison sur laquelle vivent un nombre considérable de parasites.
La préséance veut que le prince de Galles vienne immédiatement après la reine. Jusqu’aux arrière-petits-fils de la souveraine, tous les membres de la famille royale passent avant l’archevêque de Cantorbéry, qui a pourtant le pas sur le grand chancelier, le président du conseil, le garde des sceaux, le grand chambellan, le maréchal de la Cour et l’intendant de la Maison royale. Puis viennent les ducs d’Angleterre d’abord, d’Écosse ensuite, et d’Irlande enfin, prenant rang dans chaque catégorie suivant la date de la création de leurs titres. Les marquis ont le pas sur les fils aînés des ducs; les comtes sur les fils aînés des marquis; les évêques prennent rang après les vicomtes; les barons ont le pas sur les fils aînés des vicomtes et les fils puînés des comtes. Après la noblesse viennent les commandeurs des différents ordres de la Couronne, de la Jarretière d’abord, puis du Chardon, du Bain, de Saint-Michel et de Saint-Georges, de Saint-Patrick et les ordres de l’Inde. Suivent le chancelier de l’Echiquier, le premier juge du banc de la reine, les juges des cours d’appel. Viennent ensuite les baronnets, les simples chevaliers de l’ordre de la Jarretière, du Bain, de l’Étoile de l’Inde, de l’ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges, ceux de l’empire des Indes, les simples compagnons de ces différents ordres viennent ensuite. Ils sont suivis des fils puînés des baronnets, des fils puînés des chevaliers et ce sont les gentlemen ayant droit au port de l’épée qui ferment la marche.
Les femmes prennent le même rang que leurs maris ou frères; si elles se sont alliées par le mariage à un pair d’un titre moins élevé qu’elles, elles perdent, par conséquent, leur rang pour prendre celui de leur mari. Une fille de pair ayant épousé un roturier, garde son rang de naissance. Les filles de pairs prennent rang immédiatement après les femmes de leurs frères aînés et avant les femmes de leurs frères puînés.
La reine a toujours tenu la main à ce que l’ordre de préséance fût scrupuleusement respecté dans toutes les cérémonies officielles.
V
La Cour de Saint-James.
Le vieux Saint-James.—Les Merry wives of Windsor.—L’assainissement.—Les Mémoires d’un vieil Anglais parisiennant.—Reine et Empereur.—Le thé sous la feuillée.—A la table royale.—Les Yeomen de la garde du corps.—La partie de whist.—Le coriza de la comtesse de Bunsen.—Les petits cheveux de la princesse de Galles.—Les divorcées.—L’oreiller de peau du vieux duc de Cambridge.—No smoking.—Le mot de Napoléon III.—La loi des contrastes.
Quoiqu’il y ait beau temps que les souverains d’Angleterre ont déserté l’ancien palais vieux jeu de Saint-James, à peine bon pour devenir un musée d’armures, comme la vieille Tour de Londres, la Cour d’Angleterre a gardé le nom officiel et diplomatique de Cour de Saint-James. Le monde des diplomates tient à ses habitudes. Laissons-le satisfaire cette fantaisie, et qu’il soit entendu que la Cour de Saint-James signifie la Cour d’Angleterre, soit à Buckingham, soit à Windsor, partout ailleurs, en un mot, qu’à Saint-James.
Depuis la reine Marie-Anne, l’Angleterre n’avait pas été sous le joug féminin. Il fut donc nécessaire, en 1837, à l’avènement de Victoria, de remodeler les usages de la Cour. Ceux en honneur du temps de son aïeul et de ses oncles étaient en effet loin de convenir à la Cour d’une reine jeune et vierge. C’est lord Melbourne qui dut se charger de ce soin.
La politique pourvut naturellement à un certain nombre d’emplois; on obéit aux convenances pour donner des titulaires aux autres. Il fut décidé que les lords, écuyers, grooms et demoiselles d’honneur habiteraient le château de Windsor tant que la reine y serait, et que le château serait évacué dès que la reine le quitterait. C’était surtout en l’absence des souverains qu’on s’égayait à Windsor, comme pour ne pas laisser s’affaiblir la légende mise en honneur par la comédie de Shakespeare.