La reine Victoria à l’époque de son mariage (Mai 1811), d’après le tableau de W. C. Ross.
Comme leurs bagages n’étaient pas encore arrivés, ils durent s’abstenir de paraître au dîner; mais ils vinrent au salon dans la soirée et le prince Albert dut y faire son effet, car, le soir même, Victoria répondait à la lettre de Léopold et y déclarait que son cousin «Albert est des plus séduisants».
Le charme dut même opérer rapidement pendant les quatre jours qui suivirent et que la reine passa dans l’intimité des deux jeunes gens, car, le 15 octobre, elle faisait part à lord Melbourne de la résolution qu’elle avait prise de se marier. Le bon Mentor lui répondit: «Je vous approuve; une femme ne peut vivre seule dans n’importe quelle position». Il restait à faire savoir au principal intéressé qu’il était l’élu et la déclaration n’était pas des plus commodes. Elle se fit cependant très naturellement, si nous en jugeons par le souvenir que Victoria elle-même en a consigné dans ses mémoires.
«A midi et demi, écrivit-elle, j’envoyai chercher Albert. Il vint dans mon cabinet où je me trouvais seule et, après quelques minutes d’hésitation, je lui dis qu’il devait bien se douter des raisons pour lesquelles je l’avais fait venir et qu’il me rendrait très heureuse en voulant bien consentir à un de mes désirs, lequel était qu’il m’épousât. Il n’y eut aucune hésitation de sa part et il reçut ma proposition avec les plus grandes démonstrations de bonté et d’affection...... Je lui dis que j’étais tout à fait indigne de lui..... Il me répondit qu’il serait trop heureux de passer sa vie à mes côtés.—Je le priai alors d’aller chercher son frère Ernest, ce qu’il fit. Nous lui annonçâmes notre accord; il nous félicita l’un et l’autre de notre choix et en parut très heureux.»
Le lendemain de la déclaration, le prince Albert, encore sous l’émotion de la nouvelle qui engageait sa vie, écrivait au baron Stockmar: «Je suis trop bouleversé pour vous en dire plus long; mais mon cœur nage en pleine félicité».
Pendant ce temps Victoria faisait part de sa décision au roi Léopold, en ces termes: «Je l’aime déjà plus que je ne saurais dire; je me sens prête à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour lui rendre le sacrifice (car j’estime que c’est un très grand sacrifice qu’il me fait) aussi facile que possible». Elle demandait qu’on lui gardât le secret de son inclination, jusqu’à ce qu’elle eût eu le temps d’en faire part à son Conseil privé.
Elle attendit pour cela que les princes eussent quitté le Royaume-Uni.
Cependant le prince Albert réfléchissait aux difficultés de sa nouvelle situation et à l’homme qu’il devrait être pour aplanir toutes les difficultés.