Chambre où est née la Reine.

Bayadère, avait tourné la tête à Thackeray; la Taglioni, la reine Élizabeth, etc. Ces poupées avaient la tête en bois, les traits grossièrement peints, le corps en son recouvert de peau et elles étaient, rareté à l’époque, articulées

La Reine Victoria à 4 ans.

et pouvaient prendre toutes les attitudes. L’industrie de la poupée a fait de tels progrès depuis lors, que les poupées de Victoria seraient dédaignées des petites bourgeoises de nos jours; mais elles étaient pour le temps des joujoux de princesse et devaient faire loucher d’envie plus d’une des petites camarades qu’on admettait, rarement d’ailleurs, à prendre part aux jeux de la future reine. Cette absence d’enfants de son âge autour de Drina fut probablement même une des raisons de son amour immodéré pour les poupées.

Victoria possédait en outre un ameublement de carton doré et, après avoir habillé ses poupées, de la chemise au manteau de Cour, ou au chapeau, elle les installait dans de petits drawing-rooms et s’exerçait déjà à se composer une Cour à son gré.

Rien n’est plus curieux que de suivre sur ces poupées les progrès de l’imagination et de l’habileté de l’enfant. Tout d’abord ce sont les ballerines qui l’absorbent, puis les dames de la Cour, à qui elle impose déjà des toilettes de son choix. Il semble qu’elle ne pêche pas par le goût et que l’harmonie des couleurs lui échappe. Elle a une prédilection marquée pour les manches amples, appelées si irrévérencieusement «manches à gigot». Pourtant chaque costume est bien celui qui sied au personnage. Elle tolère les toilettes tapageuses aux actrices; mais elle n’entend pas que les dames de la Cour ou de l’aristocratie se présentent autrement qu’en décolleté. Nous verrons que ce caprice d’enfant règlera un jour l’étiquette à la Cour de Windsor.

L’amour des poupées n’empêchait pas la jeune princesse d’aimer à jouer avec des poupées vivantes; les familiers de la maison de son père, tels que William Wilberforce, l’homme d’État célèbre par ses luttes pour l’abolition de la traite des nègres; Sir Walter Scott, le grand romancier écossais; le duc de Wellington, le vainqueur de Waterloo, ont dû bien souvent dépouiller leur gravité et se plier aux fantaisies de la fille de leur ami.