Outre l’anglais, l’allemand et le français, la petite Drina apprit l’italien et un peu de latin. La leçon de dessin était celle qu’elle préférait. Elle s’était prise d’une véritable passion pour le paysage, née probablement de son goût pour la vie au grand air, passion qu’elle a toujours gardée. Elle reçut de bonne heure les leçons des grands maîtres. Ce fut Westall, le dessinateur exquis, quoique un peu maniéré, qui l’initia à l’art; puis Sir Edwin Landseer, qui est encore considéré comme le peintre le plus original et peut-être le mieux doué de l’école anglaise.

L’étude des langues marcha assez bien; elle fit de rapides progrès dans celle du dessin. Au contraire elle eut, dès le début, une horreur de la musique, ce qui désolait la musicienne de talent qu’était la duchesse. Celle-ci s’y prit de toutes les manières pour combattre cette aversion; elle eut recours à l’émulation. On lui avait beaucoup vanté le talent précoce de la petite Lyra, un enfant prodige de nom prédestiné, qui, à l’âge de sept ans, pinçait déjà de la harpe en virtuose. Elle l’invita à venir au palais et la fit jouer devant Drina. Tant que la duchesse était présente, la petite princesse paraissait s’intéresser au talent de sa jeune amie; mais à peine avait-elle tourné les talons que, sur l’invitation de la princesse, la petite harpiste plantait là son instrument, et venait se rouler sur le tapis du foyer et jouer à la poupée. De sorte qu’au lieu de convertir la princesse à la musique, la brillante harpiste se laissa convertir à l’amour des poupées dont elle n’avait jamais dû connaître les joies, pour être parvenue si jeune à un tel degré de virtuosité.

Le règlement de vie de Drina, écrit chaque matin de la main de sa mère, était collé à l’envers du pupitre de l’enfant. Ses heures de récréation étaient invariablement les mêmes: de huit heures et demie à dix heures, promenade, suivant le temps, à pied ou en voiture; de midi à deux heures, avant le lunch, récréation à l’intérieur; de quatre heures jusqu’au dîner, sortie avec sa mère ou une de ses gouvernantes, visites. A huit heures, la princesse dînait à côté de sa mère d’un repas très léger et, à neuf heures, elle était remise aux soins de «dear Boppy», sa nounou, qui lui racontait des histoires effrayantes pour l’endormir dans son petit lit placé à côté de celui de sa mère.

Est-ce en souvenir de ces contes que la reine a gardé le goût de l’horrible? Toujours est-il qu’à l’heure actuelle encore, aucune conversation ne l’intéresse comme les récits de tortures endurées ou de morts violentes.

La baronne Lehzen, gouvernante allemande de la Reine.

Peu à peu, l’instruction de la princesse fit des progrès et on lui fit surmonter l’aridité des premières études du piano. Ce ne fut cependant pas sans mal, car la princesse était très nerveuse. Un jour elle s’impatienta vivement devant sa maîtresse et refusa de reprendre sa place devant l’instrument de supplice. On appela Fraeulein Lehzen qui avait le plus d’ascendant sur elle; rien n’y fit.

—Pourtant, finit par lui dire la maîtresse, énervée à son tour, les difficultés sont aussi bien pour les princesses que pour tout le monde; il n’y a pas de moyen royal de se rendre maître de l’instrument.

—Ah! répliqua la princesse, il n’y a pas de moyen royal de s’en rendre maître; eh bien! j’en ai trouvé un, moi.

Et elle courut au piano, le ferma violemment, tourna la