La Reine et son chien.

La Reine dans le parc d’Osborne, d’après le tableau de sir Edwin Landseer. R. A.

Le prince Albert préférait les dachshounds, le prince de Galles a des préférences pour les bassets.

A toutes les expositions de chiens du Royaume-Uni, la reine a l’habitude d’envoyer des pensionnaires de ses chenils et il est rare qu’elle n’y remporte pas quelque prix de beauté.

Partout à travers le domaine royal, on rencontre une tombe de chien: ici gît Dash, le fidèle épagneul qui aboya si joyeusement à la reine, à son retour de Westminster Abbey, le jour de son couronnement; là Eos, le superbe lévrier qui vint en Angleterre avec le prince Albert, ne l’ayant jamais quitté, et dont la mort, survenue en 1844, faisait écrire au prince s’adressant à sa mère: «Je suis sûr que vous partagerez mon chagrin; il était si intelligent et si dévoué. Combien il me rappelait de doux souvenirs!» Plus loin des plaques de bronze rappellent les mémoires de Quiz, le chien-lion de l’île de Malte, dernier de sa race, qui fut le plus grand favori de la duchesse de Kent, mère de la reine; de Dachel, chien allemand, unique pour la chasse; d’Islay, qui servit tant de fois de modèle à la royale élève de Landseer; Sharp, auquel la reine fait souvent allusion dans ses mémoires, comme à un modèle de fidélité et d’obéissance passive. Ce Sharp, dont l’éducation était l’œuvre de John Brown, avait été dressé à ne laisser toucher à rien dans la chambre de son maître. Un jour que la reine avait envoyé une dame d’honneur à son fidèle écossais, celle-ci ne trouvant dans la chambre que Sharp, voulut s’acquitter de sa commission par écrit. Elle prit donc un crayon sur la table et écrivit à Brown ce que la reine attendait de lui. Lorsqu’elle voulut sortir, Sharp se dressa entre elle et la porte; elle eut beau crier, appeler au secours, ameuter tout le château: Sharp ne lâcha sa prisonnière qu’en présence de John Brown, que l’on finit par découvrir après de longues heures. La statue de Sharp représente le chien couché, gardant un gant de la reine. Noble est un autre chien de même race, offert à la reine en 1872, par une dame de la Cour, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance: il mourut subitement à Balmoral où il a son monument; sa statue est à Osborne. C’est à son sujet que la reine a écrit: «Tant qu’il y aura sur terre de ces têtes-là, on ne pourra douter de la fidélité».

Deux favoris ont encore leurs traits coulés dans le bronze: ce sont Boy et Boz.