Phot. Russel and sons.
Elle se contente de nous faire assister minute par minute à ses moindres actions, parce qu’elle s’occupe surtout d’elle-même et que, du moment que quelque chose la touche ou l’approche, cette chose fût-elle des plus futiles, prend une grande importance à ses yeux. Nous aimerions savoir par elle l’émotion ressentie à la vue d’une de ces scènes grandioses de la nature, inconnue d’elle jusqu’alors et au milieu de laquelle elle se trouve pour la première fois, et nous devons nous contenter d’une épithète généralement banale; mais aussi elle nous dit, par compensation, si elle était à voiture à deux ou quatre chevaux, quels étaient les chevaux, le nom du cocher, si Brown était sur le siège et si le prince avait revêtu son kilt et son plaid écossais.
A chaque ligne de ses mémoires, on éprouve la même déception. Elle apprend la mort de Wellington, dont l’Angleterre a fait un dieu de son vivant pour avoir eu le mérite ou la bonne fortune de s’être trouvé là en même temps que Blücher à Waterloo; que dit la reine: «Il est vrai que le duc avait quatre-vingt-trois ans!» On reste confondu devant tant d’inconscience et de naïveté. Quelques-uns ont été jusqu’à dire que les mémoires de Victoria ne seraient même pas corrects, si l’historien Sir Théodore Martin n’y avait fait de nombreuses retouches nécessaires. Nous leur laissons la responsabilité de ce jugement.
Si la reine n’a pas le tempérament d’un écrivain, elle aime du moins les bons écrivains et sait goûter les poètes. Dans les premières années de son mariage, elle aimait à se faire la lectrice de son époux et à lui faire saisir les beautés de la littérature anglaise.
On cite de la reine des lettres rendues publiques, notamment celle adressée au prince de Galles à l’occasion de sa majorité. Nous n’en parlerons pas, soupçonnant que dans tous les écrits publics, il ne faut attribuer à la souveraine ni l’initiative de la pensée, ni l’élévation de la forme. Il doit y avoir tant de talents qui ne demandent qu’à s’employer parmi les nombreux personnages d’élite qui ont le privilège d’exercer une sinécure à la Cour de Saint-James!
Quoi qu’on puisse penser des dons de Victoria aux points de vue des arts et de la littérature, on doit lui savoir gré d’une chose: c’est d’avoir cherché à encourager les arts, ou tout au moins d’avoir aidé son époux à les encourager. Cette noble tâche, le prince Albert l’assuma et la remplit de son mieux et c’est à lui, en grande partie, que l’Angleterre, qui n’a jamais pu avoir un musicien, doit d’avoir aujourd’hui une école de peinture qui, avec de très grands mérites, possède une réelle originalité.
XVII
Attentats contre la Reine Victoria.
Les sept attentats contre la reine.—Oxford, Francis, Bean, Hamilton, le capitaine Peter, Arthur O’Connor, Roderick Maclean.—Un accident de voiture dans les Highlands.—Mot de la reine.—Le naufrage de Misletoe.