Le prince Albert, d’après le tableau de Winterhalter.
de hussards, s’élança vers sa voiture, la canne levée, et lui cingla le visage. Quelque cuisante qu’elle fût, la blessure ne fut pas grave, puisqu’elle n’empêcha pas la royale blessée de paraître le lendemain de l’attentat, dans sa loge, à l’Opéra.
Jusqu’en 1872, Victoria ne fut plus l’objet des attentions des régicides. Au mois de février de cette année, cependant, un fou de nationalité irlandaise, nommé Arthur O’Connor, s’élança à la portière de la voiture de la reine, tenant d’une main un pistolet et de l’autre une supplique; mais il fut aussitôt saisi d’une main vigoureuse par le domestique écossais John Brown, qui ne lui laissa pas le temps de se reconnaître; un autre irlandais nommé Roderick Maclean tira en 1882 sur la reine, lorsque, descendant du train, elle se disposait à monter dans sa voiture à la station de Windsor. Ce furent deux jeunes gens, élèves du collège d’Eton, qui s’emparèrent de l’assassin. La reine tint à les remercier de vive voix et les fit venir à cet effet au château.
En aucune occasion Victoria ne perdit la tête et ne laissa même paraître la moindre émotion. Elle s’informa seulement dans ce dernier cas si personne n’avait été blessé pour elle.
Elle a toujours eu une horreur particulière pour les crimes de cette nature et n’a jamais été la dernière à faire parvenir ses félicitations, lorsque ces attentats n’ont pas été suivis d’effet ou ses condoléances dans les cas contraires. C’est ainsi que les veuves des présidents américains Lincoln et Garfield et de notre président Carnot reçurent d’elle des mots touchants. Après le crime de Caserio, le gouvernement anglais ayant voulu prendre des mesures pour la protéger plus efficacement, elle s’y opposa énergiquement, ne voulant pas que «ces mécréants pussent s’imaginer qu’ils avaient fait peur à une femme». Pourtant la mort tragique de l’impératrice Élisabeth d’Autriche fit une profonde impression sur son esprit.
Lorsqu’elle faillit être victime d’un accident en Écosse, sa voiture s’étant renversée dans un fossé sur une mauvaise route déserte, elle écrivit: «Ces occasions extraordinaires me trouvent toujours calme et en pleine possession de moi-même; cette fois-ci je n’ai pensé qu’à une chose: c’est que je n’avais pas encore fait tout ce que je me suis proposé d’accomplir avant de mourir».
Elle a toujours montré de la reconnaissance à ceux qui l’ont tirée de mauvais pas. Elle fit une pension à un soldat irlandais qui l’avait sauvée dans ses bras dans un grave accident de voiture. Elle donna un poste à la Cour à un brave matelot qui l’avait, au péril de sa vie, emportée au moment où un mât rompu par la tempête, allait s’abattre sur elle et elle s’occupa, après sa mort, de sa veuve et de ses orphelins.
Il lui est arrivé de causer, de son côté, des accidents.