Le samedi, l’empereur donna une chasse en l’honneur de la reine dans la forêt de Saint-Germain. Le soir, il y eut grand bal au palais de Versailles.
L’empereur rencontra l’impératrice au haut du grand escalier et lui dit: «Comme tu es belle»; la reine, en rapportant ce compliment, ajoutait: «De fait, elle avait l’air d’une reine de conte de fée.» C’est à ce bal que le comte de Bismarck se fit présenter à Victoria.
La reine coucha au palais, ce soir-là, ainsi que la princesse royale dont le beau-père devait recevoir non loin de là, quelques années plus tard, la couronne d’empereur d’Allemagne, après que son mari aurait aidé à vaincre la France dans une guerre terrible.
Le lendemain, dimanche 26, était le jour anniversaire du prince. On le célébra dans l’intimité. La reine conseilla à l’empereur de ne pas persécuter la famille d’Orléans et lui expliqua très franchement la nature de ses relations avec la dynastie déchue.
Le lendemain, on reprit, accompagné par l’empereur, le chemin de Boulogne, au grand désespoir du petit prince de Galles, qui déclara adorer Paris,—l’amour de la capitale lui est venu, on le voit, de bonne heure. La reine visita les camps d’Hensault et d’Ambleteuse. Enfin elle s’embarqua et, comme le yacht royal commençait à se mouvoir, l’empereur lui cria du quai, en la saluant: «Adieu, madame, au revoir!» Elle répondit très gracieusement: «Je l’espère bien», et bientôt les deux souverains se perdirent de vue. La reine partit enthousiasmée de l’empereur qu’elle dit «doux, bon et simple». Elle avait en lui une «confiance sans réserve». Le prince Albert ne partagea pas l’enthousiasme de la reine: il considéra Napoléon III comme un politicien d’occasion, tremblant toujours devant quelque complot.
Quelques mois plus tard, Napoléon rendit visite à la reine à Osborne et demanda la révision du traité de 1815. Il avait rêvé de faire de la Méditerranée un lac européen. Ses ouvertures furent froidement accueillies. Il s’en retourna incompris et l’alliance anglaise entra dans une phase précaire. La mésintelligence au sujet des principautés danubiennes ne fit qu’augmenter le malentendu. Napoléon invita la reine à venir à Cherbourg et le gouvernement britannique voulut qu’elle acceptât. On espéra que son amitié parviendrait à détendre la situation. Le 4 août 1858, la reine arriva à sept heures du soir à Cherbourg, après une traversée assez agitée. L’empereur et l’impératrice vinrent la saluer sur le yacht royal, à huit heures, sans aucune suite.
Personne ne fut admis à assister à la conversation des deux souverains. L’empereur et l’impératrice rentrèrent à Cherbourg dans leur barque éclairée par un jet de lumière électrique. La reine coucha à bord de son yacht. Le lendemain, déjeuner à la préfecture et dîner à bord de la Bretagne. Le général Mac-Mahon était parmi les invités. L’empereur porta un toast à la reine et le prince Albert se leva pour y répondre: «J’étais si émue, écrivit la reine, que je ne pus boire mon café». Après quelque hésitation cependant, le prince Albert vint à bout de sa tâche. Un magnifique feu d’artifice termina la journée. Ce fut la dernière entrevue de Napoléon III et de la reine avant l’exil de Chislehurst.
Le 14 août, la reine se rendit en Prusse avec son époux accomplir une promesse de visite au prince et à la princesse Frédéric, visite de famille, qui s’acheva le 28 du même mois.
Ce furent ses deux derniers voyages avant qu’elle eût la douleur de perdre sa mère et son époux. Elle s’embarqua le 1er septembre 1862, à Woolwich, pour se rendre à Bruxelles et faire la connaissance de la princesse Alexandra et de ses parents et arranger le mariage du prince de Galles. De là, elle gagna l’Allemagne et séjourna au château de Reinhardsbrunn, qui est plutôt un rendez-vous de chasse qu’un château à proprement parler; mais ce voyage n’eut aucun caractère politique.
Au printemps de 1879,—la guerre et la chute de l’empire étaient depuis longtemps des faits accomplis—la reine alla se reposer des fatigues du mariage de son fils, le duc de Connaught, avec la princesse Louise-Marguerite de Prusse, dans le nord de l’Italie. Elle passa par Paris en vêtement de grand deuil et fit un court séjour à l’ambassade d’Angleterre. Elle y reçut le président Grévy, accompagné de M. Waddington. Le duc de Nemours lui rendit aussi visite. Le 28 mars, elle arriva à Modane et continua son voyage jusqu’à Turin et Baveno ou le lac Majeur, sous le pseudonyme de comtesse de Balmoral. Le prince Amédée vint la saluer au nom du roi et de la reine d’Italie. Elle habita à Baveno la villa Clara.