La discussion que nous venons de raconter avait été beaucoup trop loin pour qu’il fût possible qu’elle en restât là. Une fois assis ou plutôt cloués sur leurs fauteuils, ils se regardèrent comme deux chiens de faïence, d’autres diraient comme deux lions. Enfin, le marquis toussa et reprit ensuite:
—Ah! c’était là le bon temps! Il voulut continuer, mais un violent accès de toux lui coupa la parole.
Le colonel profita de ce moment de répit pour bourrer son nez de tabac, tout en faisant voir, par de nombreux signes de tête, qu’il approuvait l’exclamation finale de son interlocuteur.
—Mon cher ami, fit-il après un moment de silence en s’adressant au marquis, savez-vous une chose?
—Quoi donc?
—C’est que nous ferions bien de songer dès à présent à la retraite. La guerre et la galanterie ont fait leur temps; la jeunesse méprise les feux de Vénus aussi bien que les jeux de Mars; on vous traite de papillon et moi d’invalide. Il faut savoir se retirer à propos. L’art des retraites est peut-être le plus difficile de tous. Notre passage sur la terre n’aura pas été sans charme, si nous savons nous préserver de l’ennui des derniers moments; retournons chez notre excellente amie la Fée aux Fleurs.
—Mais vous n’y songez pas!
—Au contraire, je ne songe qu’à cela.
—Et la présidente?
Le colonel ne put s’empêcher de rire à gorge déployée.