«Ainsi l’homme de génie naît dans le peuple, chacun le comprend et l’aime; il est d’autant plus fort qu’il n’emprunte rien à l’éducation, et reste lui-même.»
Après avoir composé ce ghazel, le poète le récita à haute voix, quoiqu’il n’y eût là personne pour l’entendre.
A peine avait-il achevé, qu’une voix douce et argentine retentit à son oreille. Il se retourna et vit une Églantine qui lui parlait.
«Ahmed-ben-Hassan, lui dit-elle après force compliments, regarde là-bas, au pied du rocher, l’Aloès aux branches épineuses.
«Ses racines ont mis près d’un siècle à percer la pierre dure; il a supporté le soleil ardent, le simoun plus ardent que le soleil, chétif, rabougri, avec un serpent à ses pieds.
«Ce serpent, c’était la misère.
«Bientôt une fleur magnifique s’épanouira au sommet de cette tige épineuse, et toutes les autres fleurs pâliront devant elle.
«Le serpent s’enfuira.
«Et quand la fleur sera flétrie, quand la tige tombera sur le sol, précieusement recueillie, elle formera un parfum qui durera toujours.
«Ce n’est pas l’Églantine, Ahmed-ben-Hassan, c’est l’Aloès qui est la fleur du génie.»