Après avoir toussé et craché, la mère Jacobus entama le récit suivant.
II
OU L’ON PROUVE QUE LE LANGAGE DES FLEURS PEUT FAIRE PERDRE LE BOUT DU NEZ A UN HOMME
J’aimais Jacobus, et Jacobus m’aimait. Jeunes tous les deux, beaux tous les deux, sensibles tous les deux, nous nous étions promis de vivre l’un pour l’autre. Malheureusement la volonté de nos parents nous séparait. Notre seule consolation était de nous écrire.
Madame Jacobus poussa un soupir, puis elle reprit son récit:
O ma bien-aimée! me dit un jour Jacobus, nous sommes entourés de piéges; qui sait si on ne finira pas par découvrir le creux du hêtre où nous venons déposer nos lettres d’amour! Afin qu’aucun œil indiscret ne pénètre nos mystères, je t’ai apporté ce petit livre, qui t’enseignera une langue nouvelle inconnue au vulgaire. Apprends à la lire, et surtout à l’écrire correctement!
Je pris le livre; il était intitulé: Cours de langage des fleurs, en douze leçons.
Avec quelle ardeur je me livrai à cette étude! La langue des fleurs, à vrai dire, ne semble pas très-difficile au premier abord: le verbe n’a que trois personnes, la première, la seconde et la troisième, je, tu, il.
Voici comment il se conjugue:
«J’aime. On présente la fleur de la main droite et horizontalement.