«Tu aimes. Même fleur, de la même main, mais penchée à gauche.

«Il aime. Même fleur présentée de la main gauche.

«Deux fleurs indiquent le pluriel. Une fleur renversée, la négation. Ainsi, un asphodèle jaune, la tête en bas, la tige en l’air, signifie: Je ne vous regrette pas.

«Les temps sont au nombre de trois: le présent, le passé, le futur. Le présent s’exprime en offrant la fleur à la hauteur du cœur; le passé, en la présentant le bras incliné vers la terre; le futur, en l’élevant à la hauteur des yeux.

«S’il s’agit d’un substantif au lieu d’un verbe, on conjugue la fleur avec un auxiliaire. Exemple: le jasmin est le symbole de l’amabilité; offert droit et de la main droite, il signifie: Je vous trouve aimable; penché à gauche et de la main droite: Vous me trouvez aimable. Combien votre père, ô Jacobus, était jasmin pour moi!»

L’amour eut bientôt gravé ces principes dans ma mémoire. L’été, un bouquet placé sur mon sein lui indiquait toutes mes pensées; l’hiver, quand les fleurs vinrent à nous manquer, leur nom tracé sur le papier nous instruisait de la situation de nos affaires. A cette époque-là, Jacobus se préparait à faire un voyage à Paris, pour voir un de ses oncles de qui dépendait notre union. Je me rappelle encore le billet qu’il m’écrivit à cette occasion:

«L’absinthe ne peut rien contre le véritable acacia. Tu le sais, j’ai arum serpentaire de l’airelle myrtille. Pas d’adoxa! Anémone hépatique, ton acacia en est agavé. Éloigne tout asphodèle jaune, et songe à l’armoise de nous revoir.

«Myrte à la hauteur du cœur et myrte à la hauteur des yeux for ever.

«Jacobus.»

Je n’eus pas besoin de recourir au dictionnaire pour traduire immédiatement ce billet: