Pour les mois, rien de plus simple; la nature, en faisant fleurir chaque plante à une époque fixe de l’année, s’est chargée de rédiger cette partie du calendrier.
| CALENDRIER DE FLORE | |
| Janvier. | Ellébore noir. |
| Février. | Daphné bois gentil. |
| Mars. | Soldanelle des Alpes. |
| Avril. | Tulipe odorante. |
| Mai. | Spirée filipendule. |
| Juin. | Pavot-coquelicot. |
| Juillet. | Chironie petite centaurée. |
| Aout. | Scabieuse. |
| Septembre. | Cyclame d’Europe. |
| Octobre. | Millepertuis de la Chine. |
| Novembre. | Ximénésie encéléoïde. |
| Décembre. | Lopésie à grappe. |
Votre père était de retour de Paris, et mon tuteur me tenait renfermée. Je brûlais cependant de connaître les résultats de son voyage. Je séduisis un de mes gardiens, et j’écrivis la lettre suivante à Jacobus:
«Pleine d’aloès soccotrin et de balsamine, il me faut à tout prix un balisier. Mon tuteur assure que vous m’avez livrée à l’anémone; j’ai l’aubépine que c’est un infâme buglosse. Comme j’ai souffert depuis notre jasmin de Virginie! Votre présence me rendra le ményanthe. Nulle clématite ne troublera plus notre orobanche majeure. Je vous attends dans les ruines du vieux château, à salsifis jaune précis.»
Ce qui veut dire:
«Je suis pleine d’amertume et d’impatience. Il me faut à tout prix un rendez-vous. Mon tuteur assure que vous m’avez livrée à l’abandon; j’ai l’espérance que c’est un infâme mensonge. Comme j’ai souffert depuis notre séparation! Votre présence me rendra le repos. Nul artifice ne troublera plus notre union. Je vous attends dans les ruines du vieux château, à deux heures précises.»
Je m’en souviendrai toute ma vie; c’était un cyprès d’ellébore noir, autrement dit un vendredi du mois de janvier.
Je sortis pour me rendre dans les ruines du vieux château, où j’arrivai un peu avant que salsifis jaune, c’est-à-dire la deuxième heure, eût sonné au beffroi. J’attendis une heure, deux heures, trois heures, personne ne vint. J’appelai Jacobus, l’écho seul répondit à mes cris. Voyant la nuit tomber, je rentrai chez mon tuteur, me croyant abandonnée et résolue d’en finir avec la vie.
J’accusais votre père d’infidélité, ô Jacobus! et la seule coupable c’était moi, ou plutôt le langage des fleurs.
Comme je n’avais pas sous la main de poison assez subtil, je remis au lendemain mon suicide. Heureuse inspiration! car le lendemain j’appris que les pâtres de la vallée avaient trouvé à l’aube un homme gelé dans les ruines du vieux château. Cet homme, c’était votre père.