Si le moment des reproches arrive entre un amant et une maîtresse, la malheureuse n’a plus la ressource des longues récriminations, des accusations amères. Qu’elle parle pourtant, on l’écoutera avec patience et résignation: on vient d’allumer un cigare.

Voyez ce jeune homme qui se promène rêveusement sous les arbres; est-ce le portrait de sa bien-aimée qu’il tient entre ses mains, et qu’il contemple si amoureusement?—C’est son porte-cigares.

Il est vrai que peut-être elle le lui a brodé. C’est le seul souvenir qu’on accepte aujourd’hui.

Le tabac est le dieu de l’humanité. Si jamais le rêve des utopistes se réalise, si les nations de l’Europe finissent par ne plus former qu’une seule famille, voici à coup sûr quelles seront les armoiries adoptées par la société nouvelle: Une tige de tabac étendant ses racines sur une mappemonde écartelée de pipes, portant de cigares sur champ de blagues au narguilé embrasé.

Un moment la Fée aux Fleurs put croire à la réussite de son entreprise: les femmes étaient complétement délaissées, leur empire avait cessé d’exister. Quelques maris parlaient même déjà d’enfermer leurs femmes dans un sérail, de leur disloquer les pieds, de leur percer le nez avec des os de poisson, et de les peindre en bleu.

Mais les femmes ont conjuré l’orage, et leur abaissement n’a pas été de longue durée; elles ont bien vite trouvé un moyen de reconquérir l’homme: elles se sont mises à fumer.

La Fée aux Fleurs, si elle veut parvenir à son but, doit songer à faire mouvoir d’autres ficelles.