LIED

LA FLEUR DU PAYS

CHAQUE pays a sa fleur. La Bretagne a le genêt; l’Auvergne, la lavande; la Normandie, la fleur étoilée du pommier; le lis se plaît dans les vallons de la Touraine; les prés du Languedoc sont émaillés des plus belles marguerites, et les ruisseaux du Berri sont bordés des muguets les plus frais.

Connaissez-vous la cassie? C’est la fleur de la Provence, la fleur de mon pays.

Sa feuille est découpée comme une dentelle; elle fleurit à l’automne sur un buisson épineux. Quand les roses se sont fanées, quand le chèvrefeuille n’a plus de fleurs, quand le grenadier inodore arbore ses aigrettes éclatantes, la cassie répand son parfum pénétrant.

Sa tige est si courte qu’on n’en peut faire des bouquets; les jeunes filles la tiennent entre leurs lèvres vermeilles, sur lesquelles elle brille comme une petite boule d’or.

En voyant la fleur du pays, l’exilé songe au retour, et, en aspirant son parfum, il croit un moment sentir les brises de la terre natale.

J’ai vu des lis fleurir sur la rive étrangère: chaque fois que le vent courbait leur haute tige, il me semblait qu’ils inclinaient leur tête pour saluer un compatriote, un ami.

Pauvres lis! je les trouvais plus penchés, leur calice pâle était mouillé de larmes; on eût dit qu’ils regrettaient la France ainsi que moi.