Quatre familles seulement composent la quatrième classe: la première est celle des musacées, peu nombreuses en genres, mais qui comptent parmi eux les bananiers, ce qui suffit à son illustration. On croirait aisément, en voyant ce beau et vigoureux végétal, dont la tige a communément trois pieds de circonférence et quinze pieds de hauteur, que c’est un arbre d’une grande solidité et d’une existence durable. Ce n’est pourtant qu’une plante herbacée dont la vie, dans les contrées voisines de l’équateur, ne dure jamais une année entière. Dans les climats tempérés, où, pour la faire croître et fructifier, il faut que l’art vienne au secours de la nature, sa vie se prolonge pendant une assez longue suite d’années; elle peut même être d’un siècle; mais il ne peut éviter sa destinée, qui est de périr dès qu’il a donné ses fruits.

Tout récemment, alors que la fièvre de la commandite était dans toute sa violence, des spéculateurs s’en étaient pris au bananier; ils prétendaient pouvoir faire du papier avec la tige de cette plante. Vite, la prétendue découverte est mise en actions au capital de plusieurs millions: les actionnaires vinrent... Où n’en viendrait-il pas? On fit réellement du papier de bananier; mais il était fort mauvais, et il revenait à un prix quadruple de celui fabriqué par les procédés et avec les matières ordinaires. Il est vrai que les actionnaires avaient le droit d’aller contempler deux bananiers rabougris, souffreteux, qui s’étiolaient dans les salons du gérant, rue Montmartre, no 171, et que ce plaisir ne leur a coûté que quelques centaines de mille francs!... En vérité, quand on pense au genre actionnaire et à quelques autres, on est forcé de convenir que notre orgueil seul a pu nous faire placer le règne auquel nous appartenons au-dessus de celui où se trouvent tant de si belles et si bonnes choses qui ne mentent pas, qui ne volent pas, et dont le muet et doux langage ne passe par les yeux que pour réjouir le cœur... Décidément les fous-tulipiers ne sont pas si fous qu’ils le paraissent!

Les amomées, deuxième famille de cette classe, comprennent le basilier, plante d’ornement, haute de quatre pieds, dont les feuilles sont tournées en cornet avec tant de perfection, que les eaux de la pluie y séjournent comme dans des vases. Dans cette famille sont rangés l’amome gingembre, le curcuma, la zédoaire, et quelques autres genres moins importants.

La bizarrerie est le caractère principal de la famille des orchidées. L’orchis militaire, par exemple, et l’orchis singe présentent, dans chacune de leurs fleurs, l’apparence d’une figure humaine suspendue. Il est vrai que l’imagination aide quelque peu à ces ressemblances; mais elle n’ajoute rien à l’illusion que produisent les fleurs des autres genres de cette famille, qui figurent, les unes des mouches, les autres des taons et plusieurs autres insectes. A cette singularité, la famille des orchidées joint l’avantage de compter parmi ses membres la vanille, qui fournit le plus suave des parfums du règne végétal.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire la dernière famille de cette classe, les hydrocharidées, herbes aquatiques que quelques auteurs ont rangées à tort parmi les naïadées.

CINQUIÈME CLASSE
ÉPISTAMINIE

Cette classe ne contient qu’une seule famille, les aristolochiées, plantes qui habitent ordinairement les pays chauds. C’est dans cette famille que se trouvent les plus grandes fleurs connues: le célèbre voyageur de Humboldt a vu, dans l’Amérique méridionale, des fleurs d’aristoloche qui avaient quatre pieds de circonférence.

SIXIÈME CLASSE
PÉRISTAMINIE

La plupart des genres de la première famille de cette classe, les éléagnées, viennent de l’Inde et de l’Amérique septentrionale. On remarque parmi ces plantes le grignon de Cayenne, l’argousier, les badamiers, et, plus particulièrement, le badamier au vernis, d’où découle la matière résineuse qui forme le célèbre vernis avec lequel les Chinois recouvrent les meubles connus en Europe sous le nom d’objets en laque de Chine.

Les daphnoïdes ne sont pas une famille bien importante; cependant c’est au nombre des genres dont elle se compose que se trouve le bois-dentelle. C’est un arbuste de la Jamaïque dont l’écorce intérieure est formée de fils entrelacés qu’on peut étendre avec un peu de précaution, et qui offre alors une ressemblance frappante avec la dentelle la plus belle, à supposer pourtant que la dentelle soit une jolie chose. On rapportait à une dame de beaucoup d’esprit que cet arbrisseau pouvait parfaitement s’acclimater en Europe, ce qui serait un grand bonheur pour les dames, qui pourraient désormais avoir de très-belle dentelle à bon marché.