HUITIÈME CLASSE
HYPOCOROLLIE
La primevère et l’oreille-d’ours sont les principaux genres de la famille des primulacées, la première de la huitième classe. Ces fleurs sont fort connues et peu remarquables.
Les acanthées, qui forment la deuxième famille, sont surtout remarquables à cause de l’élégance de leurs feuilles, qui ont été adoptées pour ornement par les sculpteurs de l’antiquité. Callimaque fut le premier qui s’en servit pour décorer le chapiteau de l’ordre corinthien dont il est regardé comme l’inventeur.
Parure élégante des jardins, les espèces composant la famille des jasminées forment autour d’elles une atmosphère de parfums s’exhalant du lilas et de toutes les espèces de jasmin. Mais le genre le plus important de cette famille est l’olivier, source de prospérité pour la Provence et les contrées méridionales de l’Europe.
On attribuait autrefois aux espèces de la famille des verbénacées des propriétés prodigieuses: ainsi, le genre gattilier passait pour être le remède le plus efficace contre les tourments de l’amour; et la verveine, autre genre de la même famille, jouait un grand rôle dans les enchantements et la sorcellerie. Aujourd’hui il n’y a plus guère que les médecins qui reconnaissent quelque vertu à cette plante, mais ils n’en sont pas plus sorciers pour cela.
Les jolies plantes composant la famille des labiées, plantes dont les caractères sont aussi naturels que les propriétés, habitent plus particulièrement les collines et les lieux exposés au soleil; tels sont le thym, la sarriette, la sauge, qui forment un si agréable assaisonnement. Un phénomène curieux s’observe dans une espèce de cette famille, le dracocephalum variegatum: les fleurs, au nombre de quatre, sont presque droites et sessiles; elles sont susceptibles d’être mues horizontalement dans l’espace d’un demi-cercle, et restent immobiles dans la position qu’on leur a fait prendre.
On a donné le nom de personnées aux plantes composant la sixième famille de cette classe, parce que la configuration de leurs fleurs représente assez bien un masque. Elles sont d’un grand usage en médecine; quelques-unes contiennent un poison très-actif.
Les plantes de la famille des solanées ont en général une teinte sombre et livide, une odeur fétide, qui semblent indiquer leurs propriétés dangereuses; telles sont la belladone, la mandragore, la jusquiame, la pomme épineuse, etc. Mais, par compensation, cette famille compte au nombre de ses membres la pomme de terre, qui est du pain tout fait, et grâce à laquelle il ne peut plus y avoir de famine en Europe. Cette plante fut apportée en 1590 du Pérou en Europe, où elle s’est multipliée à l’infini, non sans peine pourtant! Pendant près de deux siècles, le peuple n’en voulait faire d’autre usage que de la donner pour nourriture aux pourceaux, et il fallut des efforts inouïs pour déraciner le préjugé qui l’empêchait d’être admise sur la table du pauvre. Le célèbre Parmentier fut le plus infatigable propagateur de la pomme de terre. Désespéré pourtant du peu de succès qu’il obtenait, il s’avisa de s’adresser au roi Louis XVI.—«Sire, lui dit-il, c’est dans trois jours la fête de Votre Majesté (Saint-Louis, 25 août): si vous consentiez à porter ce jour-là une fleur de pomme de terre à la boutonnière de votre habit, je suis persuadé que cela ferait plus que tous les écrits possibles pour faire adopter cette plante.» Le roi y consentit, et il ordonna en même temps qu’à partir de ce moment on servît chaque jour sur sa table un plat de pommes de terre. L’expédient eut un résultat prodigieux: bien en cour, les pommes de terre firent fureur à la ville, et le peuple accepta enfin un bienfait qu’il avait si longtemps repoussé.
C’est encore dans la famille des solanées que se trouve le tabac. Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal l’apporta en 1559 à la reine Catherine de Médicis. L’usage du tabac est une lèpre qui va s’étendant sans cesse; aussi n’a-t-il pas fallu de grands efforts pour le propager.
Dans la famille des borraginées, les changements de couleurs sont presque universels. C’est ainsi, par exemple, que les fleurs du tournefort, d’un blanc verdâtre d’abord, passent, avant de se flétrir, à une couleur noire très-foncée: d’autres plantes de la même famille, telles que la pulmonaire, la consoude, ont les fleurs rouges à leur épanouissement, et bleues dans leur vieillesse. A cette famille appartiennent les héliotropes, dont quelques espèces sont très-recherchées, et l’orcanette, dont la racine contient un principe colorant d’un rouge plus ou moins foncé, et dont les dames athéniennes se servaient comme de fard, pensant sans doute qu’il devait leur être permis d’emprunter quelque chose aux fleurs auxquelles on les comparait.