Mais nous voici bien loin de la famille des urticées, qui comprend encore les mûriers, qu’on pourrait appeler arbres à soie, et les figuiers, dont le fruit est un des plus répandus sur la surface du globe: on le trouve dans tous les climats chauds, et là il se présente sous la forme d’un arbre élevé. Dans nos climats tempérés, ce n’est qu’un arbrisseau touffu; dans les pays froids, c’est un arbuste de serre chaude.
La culture du figuier est très-ancienne; on en cultivait en Italie avant la fondation de Rome, et de temps immémorial on a récolté des figues dans le midi de la France. Parmi les nombreuses variétés de figuiers, on remarque le figuier des Indes; c’est un arbre immense, des branches duquel pendent de longs jets qui s’enfoncent dans la terre, y prennent racine, deviennent des arbres semblables au premier, lancent à leur tour d’autres jets qui ont le même résultat et qui, envahissant le terrain, étouffent tous les végétaux qu’ils rencontrent.
D’une autre espèce appelée figuier du Bengale on obtient, par incision, une gomme élastique très-recherchée.
Mais le plus généralement cultivé est le figuier commun; c’est celui auquel on accorde la préférence dans tous les pays méridionaux de l’Europe. Il donne deux récoltes par an, et comme tout le fruit d’une récolte ne mûrit pas simultanément, un seul figuier, s’il est fort, peut donner du fruit pendant toute la saison.
La figue est un fruit fort sain quand il a atteint toute sa maturité. On consomme une grande quantité de figues fraîches, mais la quantité qu’on en fait sécher est bien plus considérable; il est vrai que c’est le fruit qui, à l’état de conservation, présente le plus de qualités nutritives. La quantité de figues que l’on fait sécher en Provence est immense, et pourtant elle ne suffit pas à la consommation de la France, qui en tire encore de l’Espagne et du royaume de Naples.
Les anciens, qui faisaient d’autant plus de cas de la figue qu’ils ne connaissaient pas tous les excellents fruits que nous possédons aujourd’hui, ont fait des guerres terribles pour conquérir des pays par la seule raison qu’on y trouvait l’olivier, la vigne et le figuier. Il paraît pourtant qu’alors, comme aujourd’hui, l’opinion générale souffrait d’assez nombreuses exceptions, et que les Grecs n’en faisaient point grand cas, ainsi que le prouve cette anecdote historique: Un riche Athénien se rendit un jour sur la place publique; il y fit rassembler le peuple, puis, du haut de la tribune où il s’était placé, il s’écria: «O Athéniens! j’ai à ma campagne, tout près des murs de la ville, un énorme figuier où plusieurs citoyens de cette ville se sont pendus. Si donc quelques-uns d’entre vous voulaient suivre cet exemple, je leur donne avis qu’ils aient à se hâter, car dans trois jours le figuier sera coupé et jeté au feu.»
De nos jours, Brillat-Savarin disait qu’il donnerait un melon pour une figue, et une figue pour un melon. Que les gastronomes tirent la conclusion.
La quatrième famille de cette classe est celle des amentacées, à laquelle appartiennent les plus beaux arbres de nos forêts: chênes, châtaigniers, charmes, aunes, peupliers, bouleaux.
Tous les arts sont tributaires des amentacées; ils sont la richesse et la prospérité des États, et l’existence de ceux-ci y est même attachée. Cette observation n’avait pas échappé au ministre Colbert, qui disait souvent que la destruction des bois amènerait la perte de la France.
Le chêne est certainement une des productions les plus belles et les plus utiles de notre globe. S’il y a des arbres plus élevés et plus gros, il n’en est pas un seul qui offre un bois à la fois plus solide et plus facile à tailler; aussi de tout temps a-t-il été l’emblème de la force. On reconnaît ses feuilles dentelées sur les plus anciennes médailles. Il croît lentement, à peine au bout d’un siècle son tronc a-t-il un mètre de circonférence, et cependant on en voit souvent dont la circonférence est de onze à douze mètres, ce qui suppose onze à douze cents ans d’existence. De vieilles traditions révèlent que, dans les temps de barbarie, les hommes vivaient du fruit du chêne, qu’on nomme gland. Cela ne serait pas impossible, puisque parmi les variétés du chêne il en est dont le fruit est doux; mais il ne faut pas, sur ce point, prendre à la lettre le rapport des historiens, car les anciens donnaient le nom de gland à tous les fruits des arbres de haute taille. La faîne s’appelait le gland du hêtre, la noix, le gland de Jupiter, etc.