CHÈVREFEUILLE.—Charmant arbuste grimpant, hôte des forêts, où il prodigue son délicieux parfum en récompense de l’appui des arbres à hautes tiges autour desquels il s’enroule, et dont la mort seule peut le séparer. Il fait aussi l’ornement des plus beaux jardins; mais si la culture ne lui ôte rien, elle n’augmente pas non plus ses qualités.—Terre légère, peu d’eau. Multiplication par boutures et marcottes, en automne.—Plusieurs variétés; même culture pour toutes.
CHRYSANTHÈME.—Arbuste qui commence à fleurir en avril, et qui ne cesse de donner, pendant la plus grande partie de l’année, des fleurs à rayons blancs.—Terre de bruyère mêlée de terre franche et d’un peu de terreau. Arrosements fréquents.—Reproduction difficile par graines, mais très-facile par boutures, de mai en septembre.
CIERGE DU PÉROU.—Fleurs superbes en août, blanches ou rouges, selon la variété, n’ayant pas moins de cinquante centimètres de circonférence, et exhalant une odeur des plus agréables.—Terre franche; arrosements dans les plus grandes chaleurs de l’été seulement. Multiplication par boutures, qu’il faut couper huit ou dix jours avant de les planter.
CLÉMATITE.—Joli arbuste grimpant, donnant, de juillet en septembre, des fleurs innombrables, d’un doux parfum, et ne demandant point de soins particuliers. Au centre de la France, la clématite est le principal ornement extérieur de la chaumière du pauvre; on la sème sans façon dans le premier coin venu, et dès la première année elle s’attache aux murailles de la demeure à l’abri de laquelle on l’a placée; puis elle s’élève doucement, semblant caresser les modestes murailles qui la protègent, et elle finit par couvrir le toit rustique, d’où ses délicieuses émanations s’étendent au loin. La clématite est une de ces fleurs qu’il est impossible de ne pas aimer. Qui croirait qu’une si douce et si innocente fleur ait pu être la cause première d’un grand crime!
C’était en 1808. Mme la baronne de Cauville, entièrement ruinée par la Révolution, vivait avec son jeune fils, âgé de douze ans, dans une modeste chaumière, au village de Bazincourt (Eure). Le curé du village, noble et digne vieillard, fort instruit, avait pris en amitié le jeune de Cauville, et s’était chargé de faire son éducation; il venait en outre de son mieux à l’aide de la mère, qui ne possédait plus qu’un revenu de quelques centaines de francs, insuffisant pour subvenir à ses besoins. Mais le bon curé était pauvre lui-même, et la baronne souffrait; elle était d’ailleurs frappée au cœur par de cuisants chagrins: l’échafaud avait dévoré son père, son mari, la plus grande partie de sa famille, dont les derniers membres étaient morts sur la terre d’exil.
Le mal faisait des progrès rapides; Mme de Cauville fut bientôt dans un tel état de faiblesse qu’elle dut garder le lit. C’était au mois de juin; Arthur de Cauville ne quittait le chevet du lit de sa mère que pour préparer les remèdes prescrits par le médecin, et aller chercher pour la malade les fleurs qu’elle aimait.
—Mon Dieu! dit un jour cette dernière, que ce monsieur Guiron est heureux d’avoir cette belle clématite que je vois d’ici grimper sur le toit de sa maison, et dont le doux parfum arrive jusqu’à mon lit! Que j’aurais de plaisir à voir et sentir de plus près une branche de cette jolie plante!
Un quart d’heure après, Arthur sollicitait de son voisin Guiron la permission de cueillir quelques branches de sa clématite. Mais Guiron était un de ces hommes sans cœur, ne comprenant que les plaisirs matériels en rapport avec ses appétits grossiers.
—Autrefois, monsieur le baron, répondit-il avec ironie, un personnage comme vous ne m’eût rien demandé; il eût pris mon bien sans se donner la peine de dire gare!... Aujourd’hui que les choses sont changées, chacun doit garder ce qu’il a: la clématite m’appartient, et je défends à tous les barons du monde d’y toucher.
—Monsieur, je vous en prie, dit le jeune homme dont deux larmes qu’il n’avait pu retenir sillonnaient les joues, c’est un désir de malade, de mourante peut-être!...