La grosseur des tiges de certains végétaux n’est pas moins remarquable; on montre, au village d’Allouville, près d’Yvetot, un chêne qui n’a pas moins de neuf mètres de circonférence, et dans l’intérieur duquel on a construit une chapelle et une salle assez vaste. Le châtaignier de l’Etna, qu’on appelle dans le pays l’albero a centicavalli, a près de quatorze mètres de tour, et cent cavaliers peuvent se mettre à l’abri sous ses rameaux, ce qui n’est rien cependant en comparaison de quelques baobabs du Sénégal, qui ont jusqu’à trente mètres de circonférence à la naissance du tronc.
Il est bien dur d’être forcé d’en convenir, mais il faut de la franchise avant tout: les végétaux, qui n’ont peut-être de moins que nous que la faculté de la locomotion, nous sont bien supérieurs sous d’autres rapports: ainsi, ce n’est pas seulement par les graines que les végétaux se reproduisent, mais encore par la greffe, par les boutures, le marcottage, les éclats de racines, etc.
Boutons.—Ces moyens de reproduction ont démontré que, dans chacun des boutons espacés sur un rameau, se trouve renfermée une plante entière, pourvue de tous ses organes. Ces boutons sont de petits corps entourés d’écailles qui se développent dans l’aisselle des feuilles et à l’extrémité des rameaux. Ils commencent assez généralement à se montrer en été, et on leur donne alors le nom d’yeux. Pendant l’automne, ils grossissent: ce sont les boutons proprement dits. Au retour du printemps, les écailles tombent, les boutons se développent, et ils prennent le nom de bourgeons (fig. 5).
Il y a trois espèces de boutons: ceux qui produisent des branches, et qu’on appelle boutons à bois; ceux qui produisent des feuilles, nommés boutons à feuilles, et ceux qui produisent des fleurs, qu’on nomme boutons à fleurs ou boutons à fruits. Les racines des plantes vivaces portent des boutons qui, en se développant, produisent des tiges annuelles. Ces boutons, qu’on appelle turions, se distinguent des boutons proprement dits en ce que leur origine est constamment souterraine.
Feuilles.—La pousse des feuilles, ou la foliation, commence immédiatement après l’apparition du bourgeon. Leur naissance est le signe d’une vie nouvelle pour tous les êtres de la création: dans les bois si longtemps silencieux retentissent les chants des oiseaux; les champs se couvrent de fleurs; les hommes se sentent meilleurs; le cœur s’épanouit, et de même que la séve, le sang circule plus vite. Les feuilles contribuent de deux manières à la production de ce sentiment universel de bien-être: d’abord, en charmant la vue, elles font naître les plus douces émotions; puis elles versent dans l’espace des flots d’air vital, en même temps qu’elles absorbent les émanations putrides, les germes de destruction et de mort.
La plupart des feuilles sont soutenues par une queue mince et légère nommée pétiole, et elles se terminent par une expansion membraniforme appelée disque. Les feuilles qui n’ont point de pétiole s’étendent en lames dès leur séparation de la tige. On appelle les premières feuilles pétiolées, et les secondes feuilles sessiles. Elles restent attachées à la tige et aux branches jusqu’aux premiers froids de l’hiver; alors elles tombent, à moins qu’elles ne soient vivaces, et elles rendent avec usure à la terre les sucs qu’elles en avaient reçus pour se produire et s’étendre; cette chute se nomme effeuillaison. Dans les arbres qu’on nomme toujours verts, les feuilles périssent en tout temps.
C’est sur le disque que l’on peut observer l’arrangement des nervures et toutes les subtiles ramifications, veines, veinules, dont une substance pulpeuse, appelée parenchyme, remplit les intervalles (fig. 6). Le bord de la feuille opposé au pétiole se nomme sommet, on appelle côtés les deux extrémités latérales; les deux faces de la feuille sont recouvertes d’un épiderme très-mince: la face supérieure est ordinairement lisse et brillante, la face inférieure est mate et moins colorée.
Il y a trois sortes de feuilles: les simples (fig. 7), les composées (fig. 8), et les composées articulées. La feuille simple est formée d’une seule expansion; le pétiole n’a point de division sensible. La feuille composée est un assemblage de petites feuilles ou folioles fixées au sommet ou sur les parties latérales d’un même pétiole par un pétiole particulier; lorsque ces folioles sont douées de certains mouvements, comme dans la sensitive, on dit que la feuille est articulée.
Le vert est la couleur ordinaire des feuilles; mais la nuance en est infiniment variée depuis le vert tendre jusqu’au vert brun et presque noir; quelques plantes portent pourtant des feuilles rouges, jaunes ou panachées; mais alors on peut les considérer comme n’étant point dans leur état normal. La lumière est le principe de la coloration des feuilles, ainsi que l’on peut s’en convaincre en faisant germer des graines dans une cave: si l’on éclaire quelques-unes des jeunes plantes qui se produiront au moyen de lampes et de miroirs à réflexion, les feuilles qui recevront les rayons lumineux se coloreront en vert; celles qui seront demeurées dans l’obscurité seront blanchâtres.
L’irritabilité des feuilles, leur sommeil, leur réveil, sont des phénomènes qui ne peuvent manquer d’attirer vivement l’attention; ils sont extrêmement remarquables dans la sensitive, qui se contracte rapidement, et en même temps toutes ses feuilles, pour se soustraire au contact des corps étrangers. L’attrape-mouche, plante de l’Amérique septentrionale, exécute un mouvement non moins remarquable: chacune de ses feuilles est divisée à son sommet en deux lobes réunis par une charnière le long de la nervure médiane; qu’un insecte, attiré par la liqueur dont elles sont enduites, vienne se placer sur un de ces lobes, ils se rapprochent aussitôt, et retiennent l’insecte prisonnier. Les feuilles du sainfoin oscillant, plante du Bengale, sont douées de mouvements plus extraordinaires encore. Ces feuilles se composent de trois folioles attachées sur un pétiole commun. La foliole terminale est très-grande, les deux autres sont très-petites. Ces dernières exécutent un mouvement continuel de torsion, et décrivent continuellement un arc de cercle. Ce mouvement continue même alors que l’on a détaché la feuille de la tige, ce qui prouve qu’il appartient à la feuille, et est tout à fait indépendant de la plante mère. Que la grande foliole soit agitée par une cause quelconque, aussitôt le mouvement des deux petites cesse.