On doit l’observation de ce phénomène à Linné, qui lui donna le nom de sommeil des plantes. Quelques naturalistes en ont cherché la cause dans l’absence de la lumière, et ils sont parvenus à changer les heures de sommeil de la sensitive en l’éclairant artificiellement; mais, pour que cette expérience fût concluante, il faudrait qu’elle eût le même résultat sur beaucoup d’autres végétaux, et il a été impossible de l’obtenir sur le plus grand nombre.
Ainsi, les plantes sentent: elles dorment, elles se meuvent; chez quelques-unes se manifeste un sentiment de crainte: qui oserait dire que tout cela ne soit que purement mécanique? Le mouvement de locomotion qui leur manque n’empêche pas qu’elles tiennent dans la création une place bien supérieure à celle occupée par un grand nombre d’individus du règne animal.
Le sommeil des plantes se manifeste de quatre manières dans celles dont les feuilles sont simples: 1o les feuilles s’appliquent face à face, comme dans l’arroche des jardins; 2o elles enveloppent la tige, comme dans l’onagre molle, pour protéger les boutons et les fleurs; 3o étendues horizontalement pendant le jour, elles se roulent en cornet, et renferment les jeunes pousses, comme la mauve du Pérou; 4o elles se penchent vers la terre et forment une espèce de voûte au-dessus des fleurs inférieures, comme la balsamine.
Les feuilles composées affectent six positions différentes dans les heures de sommeil: 1o elles viennent se placer l’une contre l’autre, comme les feuilles d’un livre: telles sont celles du pois de senteur, du baguenaudier; 2o en s’écartant à leur partie moyenne, elles forment un petit pavillon au-dessus des fleurs, comme le lotier pied-d’oiseau, le trèfle; 3o elles sont réunies à la base et séparées à leur sommet, comme dans le mélilot commun; 4o les folioles se courbent pour couvrir les bourgeons, comme dans le lupin blanc; 5o elles s’abaissent en tournant sur elles-mêmes, tandis que le pétiole commun s’élève, et elles s’appliquent ensuite l’une sur l’autre par leur face supérieure, bien qu’elles pendent vers la terre, comme dans les casses, et ce retournement est d’autant plus remarquable que si l’on voulait l’opérer artificiellement pendant le jour, on ne pourrait y parvenir sans briser les vaisseaux des pétioles particuliers; 6o enfin, elles recouvrent entièrement le pétiole commun à la manière des tuiles d’un toit, comme la sensitive.
Que d’admirables choses! et à quoi bon chercher au loin des émotions quand à chaque pas tant de merveilles s’offrent aux regards de qui veut les voir!
Stipules, vrilles, griffes, suçoirs, épines, aiguillons, poils, glandes.—Indépendamment des organes principaux, un grand nombre de végétaux sont pourvus d’organes accessoires que Linné désignait sous le nom générique de fulcra. Les uns, tels que les aiguillons (fig. 9), les épines (fig. 10), ne sont en quelque sorte, pour certaines plantes, que des armes défensives; d’autres, comme les poils (fig. 11) et les glandes, sont chargés de fonctions sécrétoires, et quelques-uns, comme les vrilles (fig. 12), servent d’auxiliaires aux végétaux qui en sont armés, pour les aider à quitter le sol sur lequel la faiblesse de leurs tiges semblait les avoir condamnés à ramper.
Le pétiole est parfois accompagné de deux petites feuilles qui diffèrent tout à fait de la forme des autres: ce sont les stipules; si on les rencontre à la base d’une fleur, elles prennent le nom de bractées. Leurs fonctions consistent à protéger les feuilles; elles les enveloppent dans la jeune pousse, elles les accompagnent dans leur développement, et périssent dès qu’elles sont devenues inutiles.
Les griffes sont des espèces de racines par lesquelles certaines plantes s’accrochent à d’autres végétaux ou aux corps environnants. Lorsque ces griffes, indépendamment du soutien qu’elles prêtent aux plantes, leur procurent les aliments nécessaires à leur nourriture, on les nomme suçoirs.
Fleurs.—Les fleurs sont les organes destinés à accomplir le grand œuvre de la reproduction: couleurs séduisantes, parfums suaves, élégance dans les contours, délicatesse dans le tissu, grâces dans le développement et le port, tous ces attributs, prodigués aux fleurs même les plus communes, font du temps de la floraison un moment de parure, de triomphe, et l’époque la plus brillante, la plus éclatante de leur vie. L’enfance est passée, nous touchons au temps de la jeunesse et de la beauté.
La fleur se compose de quatre parties principales: le calice (fig. 13), la corolle (fig. 14), les étamines (fig. 15), et les pistils (fig. 16); on appelle fleur complète celle qui possède ces quatre parties, et fleur incomplète celle à laquelle il en manque une ou plusieurs. Les fleurs peuvent se composer simplement d’étamines et de pistils réunis sur le même support, ou placés sur la même plante, dans des fleurs distinctes, ou situés sur des individus séparés, ce qui forme les fleurs hermaphrodites, monoïques et dioïques. Ces deux derniers genres sont également compris sous la dénomination de déclives ou d’unisexuelles.