Qu’est ce Thévenot, si délibérément oublié par la critique de notre époque ? O. Merson, dans son livre sur les vitraux, le représente comme ayant vécu à Clermont-Ferrand et ayant restauré les verrières de Bourges. Ottin, dans son « Histoire du Vitrail », lui consacre juste trois mots : « Thévenot — Clermont — 1834 ». J’ai trouvé, d’autre part, une brochure signée de son nom suivi de ce titre : « chef d’escadron », un essai historique sur le vitrail paru, en 1837, à Clermont. Il s’y révèle tel qu’un homme épris de son art et plein d’enthousiasme pour les verriers des grands siècles.

Et c’est tout ce que j’ai pu recueillir sur son compte.

De ces deux chapelles ainsi parées de vitres intelligentes, la plus quiète, la plus douce, est, selon moi, celle de la Bonne-Mort. De vagues peintures et des inscriptions gothiques tracées en lettres d’un or qui s’efface, s’aperçoivent confusément dans l’obscurité lorsqu’on allume un petit cierge ; l’autel est surmonté d’un intéressant bas-relief de pierre, racontant la scène d’une mise en tombeau, mais ce qui évoque la senteur d’une chapelle de village dans ce petit coin, c’est le délabrement de la pierre rongée par l’humidité, la tristesse du tapis qui se décolore, la poussière amoncelée dans les deux niches de côté, sur une Pieta de Bonnardel et une moderne statue de saint Joseph ; c’est la misère même des vieux prie-dieu de paille accumulés devant la rampe.

Les types rustiques adoptés par Thévenot sont vraiment en accord avec les alentours.

Ah ! s’il est un endroit propice pour s’écheniller la conscience, c’est bien celui-là ! Aucun bruit dans les ténèbres qui vous entourent, c’est à peine si, de temps à autre, une ombre de vieille femme vient s’abattre sur une chaise ou s’accouder contre un pilier. Il y a si peu de visiteurs !

Moins intéressante est la dernière chapelle de l’abside, celle qui confine à la porte de la sacristie et qui est dédiée à saint Landry ; elle a été récemment nettoyée ; on y a planté les monuments funéraires du chancelier Etienne d’Aligre et de son fils, et sorti de la nuit où elles dormaient des fresques du sieur Guichard, dont le réveil ne suscite aucun réconfort : celles brossées par le même peinturlureur sur les murs du transept suffisaient.

Et le tour de l’église est accompli.

Il reste pourtant une très ancienne salle dans laquelle le Chapitre déposait naguère ses archives. On y monte par un escalier en colimaçon, situé près de la chapelle de la Vierge, à l’entrée du grand portail et l’on débouche, après avoir tourné dans la spirale qui s’éclaire par des fentes de jour, sur le seuil d’une grande pièce carrée, demeurée, depuis des siècles, intacte, avec son pavé aux losanges rouges, vernissés, formant, en trompe-l’œil, un carrelage de dés, son plafond aux caissons sculptés d’où pend un lustre à becs de cuivre, ses vieilles crédences, ses armoires dont les pentures de fer s’ajourent en des lettres gothiques inscrivant les noms de saint Vincent et de saint Germain sur les panneaux de chêne.

Mais la partie vraiment séduisante de ce logis, c’est le mur du fond qui fait face à la croisée géminée, ouverte sur la place. Il est occupé tout entier par un retable sculpté du seizième siècle, un triptyque représentant les scènes de la vie de la Vierge et de sainte Anne. On y retrouve la légende des Apocryphes, la rencontre d’Anne et de Joachim, à la porte Dorée ; on y voit un amusant escalier du Temple, gravi par une figurine, toute une série de personnages autrefois teints et dont le bois, maintenant décoloré, pèle ; des personnages aux gestes exacts à la fois et élargis, semblables à ceux que taillèrent presque tous les imagiers, si savoureusement réalistes, de ce temps. Les volets qui forment ce retable furent autrefois des tableaux peints à la détrempe, mais ils sont tellement écaillés que l’on ne discerne plus que de fantomatiques apparences de bouts de visages et de vagues fragments de corps.

Ce local poudreux est infiniment doux. L’on s’imagine très bien l’un des treize chanoines qui composèrent le Chapitre desservant jadis la paroisse de Saint-Germain, assis devant la table placée au milieu de la pièce, dépouillant les archives, relevant les dates des obits, extrayant des manuscrits les miracles des saints fondateurs de son église.