Cette équipée finit devant les tribunaux où tous les accusés furent acquittés. Une brochure parue, en 1831, chez Dentu, nous relate ces hauts faits et nous fournit ce spécimen de proclamation royaliste dont le comique me paraît sûr.
Elle est adressée à MM. les Charbonniers de Paris.
« Messieurs, l’attachement que vous avez toujours montré pour la branche aînée des Bourbons, la douleur que vous avez témoignée à la mort du duc de Berry, ce prince bienfaisant qui vous a été ravi par un horrible crime qui vous prive du digne père de notre Henri V, et l’horreur que les Auvergnats ont ressentie de cet affreux assassinat, nous donnent lieu de croire que vous vous ferez un devoir d’assister au service anniversaire qui sera célébré à Saint-Germain-l’Auxerrois. D’après les vrais sentiments qui vous ont toujours dirigés, nous avons l’espoir de vous y trouver réunis en corps. »
Ni en corps, ni en personne, les ingrats auverpins, si respectueusement traités pourtant, ne vinrent.
Si nous sautons maintenant de l’année 1831 à l’an 1871, nous voyons encore l’église pleine ; seulement, cette fois, ce ne sont plus des partisans de la royauté mais bien les membres d’un club de libres-penseurs qui s’entassent dans son vaisseau, sous la présidence d’un sieur Pierre et d’une certaine Lodoïska, accoutrée d’une veste de hussard, culottée d’un pantalon de turco, coiffée d’une toque à cocarde rouge, et chaussée de bottines à glands d’or.
Et tandis que, du haut de la chaire, un pochard pérore, un autre troue d’un coup de baïonnette la bouche de la statue de la Vierge et y plante une pipe ; puis il arrache l’Enfant-Jésus et de toute l’église qui trépigne de joie, des lazzis, exactement notés, s’échangent :
— Passe le gosse par ici, pour qu’on l’embrasse !
— Ouvrez-y la gueule pour voir s’il a fait ses dents !
Et l’on promène l’Enfant que l’on finit par jeter, brisé, dans un coin. Mais, pour dire vrai, les fédérés se bornèrent à ces aménités sacrilèges et à ces farces impies et, moins féroces que d’autres ivrognes qui, après avoir maltraité les prêtres, pillèrent les églises, ceux-ci se contentèrent de voler quelques vêtements d’enfants de chœur et d’emporter deux pianos qui, l’on ne sait trop pourquoi, stationnaient là.