Les temps sont changés ; si Saint-Germain a vu les pieuses affluences et les cohues irritées ou gouailleuses, s’il a même aussi connu, pendant la Convention, les hilares assemblées de légères muscadines et de pesantes commères, réunies, devant sa porte, pour applaudir aux audacieuses et aux piètres chansons d’Ange Pitou, il ne connaît plus de foule d’aucune sorte maintenant. Ses abords sont rapidement longés par des gens en rut d’affaires et quant à son intérieur il est un des plus délaissés qui soient à Paris ; sa nef ne peut même, le dimanche, à la grand’messe, malgré tous les enfants des écoles qu’on y parque, se remplir.
La paroisse des rois est devenue la paroisse de la Mode ; l’église est enserrée par les magasins de la Belle-Jardinière, du Pont-Neuf et de la Samaritaine. Ce dernier la touche presque, car la livrée bleue de ses devantures s’étend dans la rue de l’Arbre-Sec et un ignoble bâtiment de fer qu’il vient d’ériger, se dresse, surmonté, en guise de clocher, d’un chapeau chinois, devant l’abside, là où le brave bourgeois qui alloua des fonds pour la faire rebâtir, messire Jehan Tronson, drapier de Paris, fit apposer sa signature, dans une frise, sous le toit, en adoptant la forme d’un rébus figuré par des tronçons de carpes.
Même au temps où les rois habitaient le Palais du Louvre, le commerce des draps aidait à embellir l’église ; il venait en aide aux bourses des souverains, souvent sèches ; cette affection des drapiers pour leur sanctuaire explique la présence, sous le narthex, de la statue de sainte Marie l’Egyptienne, leur sainte de prédilection et leur patronne, sans doute parce que saint Zozime qui la rencontra dans le désert, vêtue seulement de ses longs cheveux, donna son manteau pour la couvrir.
Maintenant, il n’y a plus de monarques, mais je crois bien que les grands industriels des draperies s’occupent moins que leur ancêtre Tronson des besoins du culte ; cette observation n’est pas un reproche, car il est certainement très heureux qu’il en soit ainsi. S’ils désiraient, en effet, faire réparer ou orner leurs chapelles, ils seraient bien forcés de s’adresser, comme l’Etat dont ils prendraient la place, à de dangereux architectes et à de nuisibles peintres, et que resterait-il du charme dolent et désuet de cette très douce église ?
Saint-Merry
Saint Médéric ou saint Merry n’est pas un saint sur le compte duquel les renseignements abondent. Ce que l’on connaît de sa vie peut se résumer en quelques lignes. Entré à l’âge de treize ans, au monastère bénédictin de Saint-Martin situé près de la ville d’Autun où il naquit, il devint abbé de ce cloître, prit la fuite pour se retirer dans un désert et y mener l’existence des ermites, et fut ramené de force par l’évêque d’Autun, au milieu de ses moines. Il s’évada de nouveau avec saint Frodulphe, l’un de ses disciples et parvint près de Paris. Là, il découvrit, dans un petit bois, une chapelle dédiée à saint Pierre, bâtit une cellule dans son voisinage, et après y avoir demeuré pendant deux ans et neuf mois, il y mourut, le 29 août de l’année 700 et fut inhumé dans ladite chapelle.
Et un point, c’est tout.
Vers la fin du neuvième siècle, un capitaine qui avait combattu, sous les ordres du comte Eudes, les Normands dont l’armée assiégeait Paris, Odo falconarius, Odon le fauconnier, fit construire sur la place de la chapelle, tombée en ruines, une église romane ; elle fut érigée en collégiale, baptisée sous le double vocable de Saint-Pierre et de Saint-Merry, puis ce dernier, peu à peu, à cause des miracles qu’il opéra, évinça l’autre et resta seul titulaire de cette église que l’on détruisit au seizième siècle.