Les étonnantes fenestrières qui habitèrent ces clapiers sont désormais éparses dans toutes les rues avoisinantes, ainsi que les juifs qui s’y livrent, eux aussi, au commerce des déchets. Ils pullulaient autrefois dans cette paroisse, dans cette rue des Juifs où demeura au seizième siècle Mme Acarie et ils avaient même, rue de la Tâcherie, une synagogue.

Ce fut dans l’une des rues de leur refuge, la rue des Billettes, qu’eut lieu, en 1290, le fameux miracle d’une hostie qui, après avoir été prise dans l’église de Saint-Merry, fut lardée de coups de couteau et ébouillantée par l’Israélite Jonathas ; cette hostie qui voltigea, sanglante, dans la chambre, fut recueillie par une femme chrétienne qui l’apporta au Curé de l’église Saint-Jean-en-Grève, où elle fut l’objet de pèlerinages auxquels la Révolution mit fin.

A l’heure présente, on célèbre encore un triduum et un office de réparation de ce sacrilège dans l’église Saint-Jean-Saint-François, qui a remplacé Saint-Jean-en-Grève, démoli en 1800, et dont une chapelle, retapée de fond en comble, exista jusqu’aux incendies de 1871 sous le nom de salle Saint-Jean, dans les bâtiments de l’Hôtel de Ville.

Pour en revenir à Saint-Merry, son clergé, plus heureux maintenant que celui du moyen âge, n’a plus maille à partir avec les filles follieuses et les ruffians. Les rues de cette paroisse étaient de celles que nos pères appelaient des rues « chaudes et mal famées » et d’interminables procès furent soutenus par le chapitre de Saint-Merry contre les tenanciers de ses bouges. Dans son Histoire de Paris, Félibien note un arrêt du 24 janvier 1388 aux termes duquel le prévôt Jean de Folleville enjoignit aux femmes publiques de vider la rue de Baillehoé, voisine de l’église. Celles-ci s’y refusèrent et le magistrat dut dépêcher des archers pour les faire sortir de force, et des maçons pour murer les portes de leurs maisons. Mais les propriétaires intentèrent un procès devant le Parlement et assignèrent le chevecier, le curé de la paroisse et les chanoines, arguant que le clergé n’avait pas besoin, comme il le prétendait, de passer par cette rue, lorsqu’il avait à porter le Saint-Sacrement aux malades, le chemin le plus court pour se rendre de l’église dans le quartier étant la grande rue Saint-Merry et non la sente de Baillehoé.

En 1424, le Parlement finit par donner raison au curé, mais les filles n’en persistèrent pas moins à résider dans la rue. Fatigué de ces luttes, le curé se vengea d’un tenancier de « bouticle au péché », en le faisant condamner par l’officialité à effectuer une amende honorable, un dimanche, devant la porte de l’église, comme coupable d’avoir mangé de la viande, un vendredi ; et le chapitre obtint, de son côté, que l’on débaptiserait la rue de son nom de Baillehoé auquel le peuple prêtait un sens obscène, et qu’on la réunirait à sa voisine la rue Brisemiche.

L’on ne badinait point, du reste, dans cette paroisse, sur la question du maigre. Sauval raconte, en effet, une pénitence de ce genre qui fut infligée, le 18 juillet 1535, à deux personnes accusées du même délit, et qui durent s’humilier devant le porche de ladite église.

D’autre part, une note de M. Bournon, annexée à « l’Histoire du diocèse de Paris » de l’abbé Lebeuf, cite un arrêt du Parlement de 1366, relatif à un conflit de juridiction entre le Prévôt de la ville et les chanoines, à propos d’une certaine entremetteuse « mise en l’eschelle, trois fois et par trois journées, avec le chappel de feurre sur la tête, comme il est accoutumé de faire ».

Filles et prêtres se battirent donc, dans ce quartier, à coup de textes, pendant le moyen âge.

Et les gens d’Eglise se battirent, je crois bien, encore plus, entre eux.