Cela s’explique. Durant cinq siècles, il y eut deux curés à Saint-Merry, appelés curés cheveciers. Vers l’an 1000, il y en eut même sept, les chanoines de Notre-Dame ayant obtenu de l’évêque de Paris, le don de cette paroisse.

Le chapitre de Notre-Dame délégua alors sept chanoines ou bénéficiers qui furent chargés, chacun à son tour, pendant une semaine, du service du culte. En 1219, à la suite de la lâcheté de l’hebdomadier qui, en un temps de choléra, laissa mourir, par peur de la contagion, l’un des paroissiens sans sacrement, on décida qu’un seul et même curé serait chargé des fonctions pastorales ; puis on lui donna, pour l’aider, un autre curé. Ils travaillaient chacun une semaine ; plus tard, enfin, on leur adjoignit des vicaires.

Mais les chanoines implantés par le Chapitre de Notre-Dame à Saint-Merry n’en continuèrent pas moins de résider dans l’église ; et forcément leur présence gâta tout. Ils occupaient le chœur et y chantaient l’office ; c’était un inévitable conflit de chaque jour entre eux et le clergé auquel il était interdit de pénétrer dans ce chœur.

Ce fut, pendant des années, des combats à coups d’épingles ; puis, au moment où l’on bâtissait l’église actuelle, la fabrique acheta, pour agrandir l’abside qui ne pouvait s’étendre, faute de place, une ruelle allant de la rue Saint-Bon à la rue Taillepain. Aussitôt les chanoines partirent en guerre, déclarant que cette ruelle était à eux.

Ils engagèrent de tenaces et de lents procès contre les curés et la fabrique. On n’en vit la fin qu’en 1789. L’Assemblée Nationale mit tout ce monde de chicaniers d’accord, en convertissant l’église en une fabrique de salpêtre, puis en un temple du Commerce.

Mais si, remontant en arrière, à travers les temps, nous regagnons encore l’époque du moyen âge, nous devons constater, pour être justes, qu’il y eut mieux que des litiges en suspens entre chanoines et filles et chanoines et prêtres.

Au treizième siècle, un saint fréquenta Saint-Merry, saint Edouard, devenu plus tard archevêque de Cantorbéry et alors élève en théologie à Paris ; il chantait, chaque nuit, avec le Chapitre, l’office des Matines et soignait les pauvres étudiants malades, vendant jusqu’à sa chemise pour leur procurer des remèdes.

Au siècle suivant, une autre célicole, Guillemette de la Rochelle, séjourna également près de ce sanctuaire. Le roi Charles V, qui connaissait la sainteté de sa vie et admirait ses révélations extatiques, voulut qu’elle vînt se fixer dans la capitale et il lui fit faire « un bel oratoire de bois à Saint-Merry ». Elle y vécut dans le ravissement, soulevée en l’air, souvent de plus de deux pieds ; et l’on pense qu’elle fut, après son trépas, inhumée dans l’église.

Le même roi Charles V instaura aussi, en l’an 1373, une confrérie de laïques de la paroisse, dont le but fut d’honorer plus spécialement la Mère du Sauveur. Cette dévotion se continua et, deux siècles plus tard, nous voyons que le moindre manquement qui se pouvait relever contre le culte de la Madone, était aussitôt réparé.

Lebeuf nous cite, en effet, cet épisode qu’il a lu dans les registres du Parlement de l’année 1530 :