—Elle, la femme d'Ali! criai-je; en saisissant le bras de Yacoub. Mes ongles s'enfonçaient dans sa chair.
—Pas encore, s'empressa-t-il de me répondre, mais tu me fais mal.
—Allah est grand!
Je me jetai au cou de mon ami; je l'embrassai de toutes mes forces.
—Tu n'as pas de temps à perdre, reprit-il, si tu veux arriver là-bas avant que le marabout ait récité la fatha [La prière qui consacre le mariage.].
—C'est donc demain?
—Oui, c'est demain.
Je mesurai la distance:
—Yacoub, m'écriai je, Ali n'épousera demain que la mort.
Et comme un fou je me mis à courir dans la direction de mon village. Mais je n'avais pas retrouvé mes jambes d'autrefois, et dans ma poitrine il y avait un fer rouge. Ma blessure s'enflammait; elle menaçait de se rouvrir. A chaque fontaine je m'arrêtais, et j'avalais de grandes gorgées d'eau pour éteindre le feu qui dévorait mes poumons et ma gorge. Je ne disais plus: «O mon Dieu, fais-moi sentir l'odeur du paradis;» mais je disais: «O mon Dieu, prends ma vie, mais que du moins, avant de mourir, je puisse frapper ce traître!»