Les Kabyles sont si friands de sucre que neuf sur dix escaladeraient le plus ardu des thamgouths [Pics.] pour en croquer un morceau.

Devant la porte de l'hôtel, plusieurs hommes nous attendent: ce sont des guides qui viennent là, chaque jour, à l'arrivée de la diligence. Ils nous offrent leurs mulets pour monter au fort National. Nous l'apercevons là-haut, sur le pic le plus élevé des Aïth-Iraten, comme un aigle en son aire. Mais si imposant que soit le rempart naturel qu'il couronne, nos regards s'en détournent aussitôt, attirés par un formidable géant de pierre, d'aspect sombre et menaçant, qui nous dérobe le ciel et enfonce profondément dans les nues sa tête blanche. Muets, nous contemplons le Djurjura; à cette admiration silencieuse se mêle une crainte vague.

Pendant qu'on dresse la table, je me fais conduire par notre jeune Kabyle au bordj de Tizi-Ouzou qui domine un mamelon: c'est une ancienne citadelle turque; une garnison française l'occupe depuis 1855; on y monte par une rampe empierrée assez douce, en laissant à droite, à mi-hauteur de la colline, une jolie église de construction récente.

—Vous allez au fort Napoléon [Aujourd'hui le fort National]? me demanda mon guide.

—Demain.

—Et après-demain, vous reviendrez à Tizi-Ouzou pour retourner à Alger.

—Nous nous proposons de traverser toute la Kabylie et de faire l'ascension du Djurjura.

—Oh! exclama-t-il.

—Y a-t-il du danger?

—Non, avec de bons mulets. Le commandant vous en procurera.