—Oui, mais elles peuvent se remarier.
—C'est bien heureux vraiment!
—A la condition toutefois, ajouta Maâkara, que le nouvel acquéreur remettra au premier mari la somme que celui-ci a payée aux parents de la femme.
—Oh! comme je me vengerais! fit madame Elvire courroucée.
—Elles se donnent assez souvent ce plaisir-là. J'en connais une qui, après avoir été achetée six fois, a empoisonné son dernier acquéreur pour convoler en septièmes noces avec un jeune homme auquel elle avait donné l'amulette qui fait aimer.
—Vos femmes ont des poisons?
—Elles se servent d'arsenic pour s'épiler par tout le corps.
—Et cette amulette, où la trouve-t-on?
—Tu peux le demander à cette vieille sorcière que nous apercevons là-haut, grimpant vers son village, avec une charge de bois mort sur le dos. Elle a dû composer plus d'un philtre d'amour ou de mort, et non-seulement elle est adroite à glisser un charme dans le haïk d'une femme ou d'une fille, dans le burnous d'un jeune garçon, mais elle sait aussi faire disparaître le fruit d'un amour coupable.
—Maâkara, tu ne m'as pas dit où l'on trouve cette amulette.