—Qu'est-ce que cela? fit madame Elvire.
—Mon nif, c'est mon nez; et le nez d'un Kabyle, c'est le drapeau de son honneur.
—Ainsi, dit le Philosophe en riant, le ridicule est le même en Kabylie qu'en France; seulement, vous le portez sur votre nez et nous sur notre front. Décidément, mon ami, nous sommes faits pour nous entendre.
—Mais, cavalier, reprit madame Elvire, comment les Kabyles peuvent-ils être si jaloux de femmes qu'ils achètent?
—D'abord, Madame, parce que nous les aimons malgré cela…
—Voilà une raison.
—Quand elles sont belles. Et puis, si nous étions moins sévères, personne ne connaîtrait plus son père: elles ne sont pas comme les Françaises, et ne se font aucun scrupule de couper le nif à leurs maris.
—Et c'est bien fait, puisque vous les traitez, dit-on, en esclaves.
—Bah! à chacun son lot: nous les nourrissons, elles tiennent le ménage; si nous ne les estimons pas en masse, nous honorons celles qui se distinguent par leurs vertus ou se signalent par des miracles. Les Kanouns ne leur accordent aucun droit. Elles n'héritent pas; ce qu'elles ont appartient à leurs maris ou à leurs parents; mais elles n'ont aucune charge: filles, femmes ou veuves, c'est aux hommes de pourvoir à leur entretien.
—Est-il vrai qu'après les avoir épousées sans leur consentement, vous puissiez les répudier par caprice, et consommer d'un mot votre divorce avec elles?