Les effets des croisements, lorsqu'ils ont eu lieu, ne se sont pas perpétués; et, à défaut de continuité dans le recrutement, comme il arrive en cas semblables, la plupart de ces populations étrangères, quand elles ne se sont pas éteintes d'elles-mêmes, auront été finalement absorbées dans le sang indigène, à la manière des fleuves qui se perdent dans la mer. Que si les Arabes seuls ont prospéré sur ce sol, comme par exemple ils prospèrent en Égypte, c'est qu'ils ont trouvé là des conditions de vie corrélatives à leur type, et par conséquent une autre patrie. Leur nombre actuel, néanmoins, n'est évalué qu'à 500,000 en Algérie, où l'on compterait environ, suivant M. Warnier, 2,200,000 individus de races dites berbères.—Idem.]

CHAPITRE II
DU FORT NATIONAL AU DJURJURA.

Le fort National couvre un espace d'environ douze hectares, comprenant le plateau du Souk-el-Arba, ainsi que l'emplacement du village d'Icheraouïa, qui en occupait la partie supérieure, et qu'on a démoli après l'avoir acheté pour vingt-cinq mille francs aux Kabyles. Une enceinte continue de deux mille mètres, percée de meurtrières, flanquée de dix-sept bastions et en plusieurs endroits casematée, forme, sur ce point culminant, une position presque inexpugnable qui défie la belliqueuse ardeur des patriotes berbères. Si le bordj de Tizi-Ouzou est la clef de la Kabylie occidentale, le fort National ouvre la porte du Djurjura; et c'est le nom qui a été très-bien donné à l'une des deux entrées, celle qui regarde l'est. Entre la porte du Djurjura et la porte d'Alger, s'étend une large rue, la principale. A égale distance de l'une et de l'autre, elle aboutit à une jolie place carrée, plantée en quinconce, où deux bâtiments situés en regard offrent un aspect monumental: la place Randon; le cercle des officiers et les bureaux militaires. Dans la grande rue s'élèvent déjà un assez grand nombre de maisons européennes, où s'exerce l'industrie privée, boutiques ou cabarets, une ville embryonnaire. En contre-bas, sur la déclivité du plateau, dans l'espace compris entre le mur d'enceinte et les deux portes, on rencontre successivement, en allant de celle d'Alger vers celle du Djurjura, le quartier de la cavalerie et les fourrages, les ateliers du génie, l'hôpital, la manutention et les magasins militaires.

Le dîner commandé, nous suivons la grande rue; puis, revenant sur nos pas, nous trouvons à gauche une église en construction et presque achevée. Nous faisons le tour de la place Randon, émerveillés de ses monuments; mais notre admiration est au comble, quand madame Elvire, s'arrêtant devant des affiches étalées sur un mur, se met à les lire à haute voix:

SAMEDI PROCHAIN, 9 AVRIL
BAL PARÉ DE LA JEUNE FRANCE
TENU PAR M. JOUVE

Le Bal commencera à 9 heures.—Prix d'entrée: 1 fr.

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