—La plus civilisée et la plus glorieuse de toutes, me répond-il en redressant la tête avec orgueil. La plus civilisée, car nous exerçons toutes ou presque toutes les industries éparses chez les autres Kabyles, et aussi les plus nobles. Nous avons des orfévres, des armuriers, des forgerons. Naguère nous fabriquions la poudre. Nous tannons le cuir, nous cardons la laine et faisons un grand commerce de ces produits. Nous travaillons le bois et le façonnons en plats et autres ustensiles. Nous produisons de la cire et de l'huile. Nous savons teindre les vêtements. Nos coiffures brodées et nos ceintures multicolores sont recherchées par toutes les femmes de la Kabylie. La plus glorieuse aussi, car…
Je pousse un cri: le mulet du guide s'est abattu. Je vois avec épouvante Bel-Kassem penché sur un précipice de cinq ou six cents mètres. Mais déjà les voici debout tous les deux, et l'homme est remonté sur la tête.
—N'êtes-vous pas blessé?
—Non! non!
Tout le monde s'était arrêté.
—Ce pauvre Bel-Kassem, dit madame Elvire avec un peu de moquerie.
—Marchons! s'écrie le Kabyle furieux.
Nous repartons; mais cette chute a réveillé notre prudence, et chacun de nous instinctivement se penche du côté opposé à l'abîme.
—Allah, dis-je, a puni ton orgueil.
—Vous parlez comme un Arabe, et cela ne m'empêche pas de répéter que ma tribu, celle des lraten, est la plus noble et la plus glorieuse de toute la Kabylie; la preuve, la voilà!