—Ils font bien, dit le Philosophe, de respecter la liberté des transactions ainsi que toutes les autres. L'argent doit être un objet de commerce comme le blé, le fer ou le charbon.
—Cependant, observai-je, Mâakara ne se trompait pas, hier, lorsqu'il a dit: «Pour la plupart des Kabyles, un sou, c'est comme une pièce d'or pour vous, Madame.»
—Et dans ma poche, cent francs, ajouta Bel-Kassem, équivalent à un million dans le portefeuille de M. de Rothschild.
—Tu le connais donc, M. de Rothschild?
—Parfaitement; au fort National, je lis souvent les journaux de Paris, et puis le Mobacher, journal indigène d'Alger, a parlé plus d'une fois de cet Amin-el-Oumêna des banquiers.
—Qu'est-ce que ce personnage?
—C'est l'amin des amins d'une arch [Tribu.]. Il est élu par eux. Autrefois on ne le nommait que pour la guerre où il commandait et conduisait au combat les sofs alliés. Maintenant il sert d'intermédiaire entre les Kabyles et l'autorité française. Il en est de même des caïds institués depuis peu comme juges de paix, et qui perçoivent en outre dans chaque cercle la lezma ou impôt de capitation.
—Que produit cet impôt?
—Je sais seulement que le cercle du fort paye une lezma annuelle de quatre-vingt mille francs.
—Connais-tu la population de la Kabylie?