—Ce n'est pas tout, reprit le caïd: lorsqu'en se disputant elles se tirent par les cheveux, se mordent ou se mettent le visage en sang avec les ongles, elles payent l'amende, et c'est autant d'argent qu'elles ont en moins pour s'acheter des bijoux.
—Les femmes, ajouta le guide, sont passibles de toutes les amendes que les kanouns infligent aux hommes.
—Que penses-tu, Philosophe, de cette égalité-là?
—Qu'elle n'est pas plus à dédaigner qu'une autre.
—Grand merci!
—L'égalité devant la répression constitue pour la femme kabyle un droit qui pourra la conduire un jour à l'égalité devant la loi.
—Oui, dit Bel-Kassem, cela arrivera inévitablement quand nous verrons le Djurjura la tête en bas et les jambes en l'air, ou lorsque nos femmes, aussi belles et aussi intelligentes que toi, Madame, nous ensorcelleront comme tu as ensorcelé aujourd'hui le Kabyle d'Aïth-Aziz.
—Mais où est-il donc, mon amoureux?
—Il vient de repartir pour son village, où il veut vous faire offrir demain matin la diffa.
—Pauvre garçon!